Publié le 04/06/2026 22:25
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Pour justifier des frappes contre certains journalistes, les autorités israéliennes affirment qu'ils sont en lien avec des groupes armés. "Complément d'enquête" avait pu interroger quelques mois avant son élimination un photographe de Gaza accusé de terrorisme par Tsahal, sur la base notamment d'une photo plutôt compromettante...
Plus de 200 journalistes ont perdu la vie dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Si les frappes de l'armée israélienne contre certains de ces reporters font l'indignation de la communauté internationale, il arrive que certains profils interrogent. Le matin de l'attaque menée par le Hamas, la présence de plusieurs journalistes gazaouis qui ont réalisé des clichés des attentats suscite quelques questions. Avaient-ils été avertis en amont ? S'étaient-ils coordonnés avec le Hamas ? C'est ce que cherche à établir Honest Reporting, une ONG israélienne qui s'est donné pour mission de "dénoncer les préjugés anti-israéliens dans les médias occidentaux".L'un de ces journalistes en particulier a attiré l'attention de l'ONG, explique Simon Plosker, son directeur éditorial, "parce qu'il était sur les lieux de nombreux événements clés ce jour-là. Il ne portait pas de gilet presse, il n'y avait donc aucun moyen de l'identifier comme photojournaliste ou journaliste, mais il était là. Il était en train de se filmer devant des scènes de crime horribles". Hassan Eslaiah est en effet l'un de ceux qui ont documenté l'attaque pratiquement en direct sur son fil Telegram, au plus près des assaillants. Simon Plosker fait état d'images de lui à l'arrière d'une moto, tenant ce qui pourrait être une grenade . "C'était un type qui semblait être un photojournaliste le jour et qui, potentiellement, était un terroriste la nuit. Quoi qu'il en soit, c'était clairement un sympathisant du Hamas", conclut-il. Honest Reporting a déniché sur les réseaux sociaux une photo datant de 2018 qui semble corroborer ces dires : on y voit Hassan Eslaiah embrassé par celui qui est considéré comme le cerveau du 7 octobre : Yahya Sinwar, alors influent dirigeant du Hamas (tué dans une opération militaire israélienne en octobre 2024).Après la publication de ce cliché compromettant, les agences qui travaillent avec le journaliste, AP et CNN, cessent immédiatement toute collaboration avec lui. De son côté, le journal Libération, qui enquête sur les photojournalistes mis en cause, le contacte par message, avec ces questions : "A quel moment avez-vous appris le début de l'attaque ?" "Où vous trouviez-vous ? "Etiez-vous au courant ?" Hassan Eslaiah répond avoir découvert les tirs de roquettes au matin, alors qu'il était chez lui. Il joint une photo prise avec son iPhone, horodatée de 7h23, heure de Gaza, "ce qui montre que, une heure après le début de l'attaque, il se trouve en haut d'un immeuble à Khan Younès, et non pas en train d'accompagner les combattants du Hamas", détaille Jacques Pezet, du service Check News de Libération. D'autres éléments ont aussi permis d'établir que ce n'est pas lui qui se trouve à l'arrière d'une moto, une grenade à la main, sur les images évoquées par Simon Plosker.Reste ce fameux cliché aux côtés de Yahya Sinwar… Rola Tarsissi, journaliste à "Complément d'enquête", l'avait justement interrogé après l'enquête d'Honest Reporting. Hassan Eslaiah, qui se dit, de par son travail, "en lien avec toutes les factions à Gaza", lui affirme avoir publié cette photo "par fierté, comme tout journaliste qui est avec un chef. Tout comme [il aurait] publié [ses] photos avec Netanyahou". Mais pourquoi le dirigeant du Hamas l'embrasse-t-il ?"C'est lui qui me suivait et connaissait mon travail, répond le journaliste. (...) Quand je me suis présenté et que j'ai voulu faire un selfie photo, il a dit 'Viens, je t'embrasse'. Les journalistes étrangers ont tous fait des photos avec lui ce jour-là. Il y en a qui publient, et d'autres qui gardent les photos en souvenir. Moi, je publie tout." C'est probablement cette photo "assez surprenante pour un journaliste" et montrant a minima "une proximité entre les deux hommes", estime Jacques Pezet, qui a décidé les deux agences de presse à cesser leur collaboration avec Hassan Eslaiah.Il y a un an, le photographe est finalement tué par une frappe de l'armée israélienne visant l'hôpital où il était soigné après avoir été pris pour cible et grièvement blessé. Tsahal publie alors une vidéo pour justifier son élimination, affirmant que "Hassan Eslaiah n'était pas un journaliste. C'était un terroriste avec une caméra". La vidéo contient un document qui prouverait son appartenance au Hamas – qu'il a toujours niée de son vivant. D'après Jacques Pezet, il s'agit d'"une liste dans laquelle apparaît effectivement son nom [ainsi que la mention] 'cameraman ; service : médias'", mais à quoi correspond-elle exactement ? Son authenticité est mise en doute par les journalistes gazaouis que "Complément d'enquête" a pu interroger, et leur confrère de Libération n'est pas plus convaincu : "On reste quand même face à une armée qui veut justifier la mort de quelqu'un qui est présenté partout ailleurs comme un journaliste... Nous, on ne sait toujours pas à quel point il était ou il n'était pas actif auprès du Hamas."Extrait de "Proche-Orient : la guerre contre l'info", à voir dans "Complément d'enquête" le 4 juin 2026.> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo, rubrique "Les émissions".







