Durant la Coupe du monde de foot, qui se déroulera du 11 juin au 19 juillet, les joueurs feront des breaks pour s’hydrater. Un boulevard pour les coupures pub, au risque de gâcher le jeu. Adrien Rabiot lors d’une « pause fraîcheur » durant un match France-Brésil, en mars 2026, dans le Massachusetts. Photo Daniel Derajinski/Icon Sport Par Richard Sénéjoux Publié le 04 juin 2026 à 13h00 Si vous zappez sur une rencontre de la Coupe du monde de football (du 11 juin au 19 juillet), possible que vous tombiez sur une page de pub. Oui, en plein match, et pas seulement à la mi-temps. Une première dans l’histoire du foot. La faute, si l’on peut dire, aux « pauses fraîcheur », ces interruptions de trois minutes au cœur de chaque période (23ᵉ et 68ᵉ minute) apparues lors du Mondial brésilien de 2014 — et laissées jusqu’ici à la discrétion de l’arbitre, afin de permettre aux joueurs de s’hydrater et mieux supporter la chaleur. Pour cette édition qui se déroule aux États-Unis, Canada et Mexique, et où les stades seront loin de tous afficher des températures caniculaires, elles deviennent systématiques : les cent quatre matchs (un record, avec quarante-huit équipes contre trente-deux en 2022) comporteront tous des cooling breaks, comme disent les Américains. Pour le potentiel bien-être des footballeurs, mais surtout pour celui des télés et des annonceurs : sur les trois minutes de pause, une sera dédiée à la pub, soit deux spots supplémentaires pour M6 et beIN Sports. Au final, les matchs se retrouvent découpés en quatre quart-temps (de vingt-deux minutes trente), comme lors des championnats américains vedettes organisés par la NBA (basket) et la NFL (football américain), et truffés de réclames. Une étape supplémentaire dans l’« américanisation » du ballon rond. Des matchs toujours plus hachés Cette décision de la Fifa est loin de faire l’unanimité. « Ça change le football d’avoir ces trois minutes… Peu importe l’équipe, si elle est dans un temps fort, trois minutes, ça casse tout », a ainsi commenté le sélectionneur national Didier Deschamps au micro de TF1, après le match amical (avec pauses fraîcheur) Brésil / France le 26 mars à Boston, où le thermomètre affichait… à peine 18 degrés dans le stade. Ces interruptions « cassent » en effet le rythme du match, et un peu l’esprit du football, un sport apprécié pour sa fluidité et la continuité du jeu. Une évolution qui inquiète même certains diffuseurs. « J’espère que cela n’aura pas de conséquences sur l’intensité et qu’il n’y aura pas trop de ruptures dans le jeu, souffle Florent Houzot, directeur de la rédaction de beIN Sports, qui diffusera les cent quatre matchs en intégralité dont cinquante en exclusivité. Si on ajoute les arrêts de jeu dus à la VAR [assistance vidéo à l’arbitrage, ndlr], les matchs vont durer entre deux heures et deux heures dix. » L’attente, parfois interminable, de la décision des arbitres après l’intervention de la vidéo, concourt en effet à hacher encore plus les matchs, sans parler des multiples contestations et polémiques qui en découlent — au hasard, sur les mains dans la surface de réparation. Au Qatar en 2022, la Fifa avait déjà imposé le « golden spot », cette coupure publicitaire entre les hymnes nationaux et le coup d’envoi, qui nous prive désormais des poignées de main entre les joueurs, voire de leurs accolades quand certains se connaissent ou jouent dans le même club le reste de l’année. Des infos désormais hors champ. « Tant que le public suit, il n’y a aucune raison que la Fifa cesse cette fuite en avant, analyse Pim Verschuuren, maître de conférences en management du sport à l’université Rennes 2. On l’a vu lors de la dernière Coupe du monde au Qatar, l’une des plus controversées, avec appels au boycott, aberration écologique, morts sur les chantiers… elle a aussi été la plus suivie de l’histoire ! » La prochaine étape ? Peut-être insérer de la pub pendant les interventions de l’Avar, dont les atermoiements atteignent parfois les cinq minutes. Match d’ouverture de la Coupe du monde : Mexique / Afrique du Sud (groupe A). Jeudi 11 juin à 21h sur M6 et beIN Sports. Télévision BeIN Sport Sport Football Coupe du monde de football Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus