Publié le 03/06/2026 22:16

Mis à jour le 03/06/2026 22:55

Temps de lecture : 3min - vidéo : 5min

Dix ans après le Brexit, les Britanniques regrettent-ils leur choix ? Une équipe de France Télévisions est allée prendre le pouls dans la ville qui a le plus voté pour le Brexit, Boston, dans le nord-est du pays. La population est aujourd'hui plus divisée que jamais. Et dans les urnes, c'est l'extrême droite qui rafle la mise.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Si, au détour d'un voyage dans l'est de l'Angleterre, vous rencontrez un jour Rachel Leverton, vous verrez d'abord une fleuriste passionnée par ses plantes. Mais très vite, vous vous apercevrez aussi qu'elle ne porte pas vraiment l'Europe dans son cœur. "C'est pas des euros, et j'en suis fière. Regardez, c'est la reine", montre-t-elle. Rachel Leverton est une Brexiteuse pure et dure, à tel point qu'elle ne vend presque plus aucune plante cultivée dans l'Union européenne. "Les œillets d'Inde, britanniques, ces Impatientes, britanniques, les Abélias, britanniques", énumère-t-elle.Si le Brexit fut l'un des plus beaux moments de la vie de Rachel Lemberton, il est aujourd'hui l'une de ses plus grandes déceptions. Pour elle, les liens avec l'Union européenne n'ont pas été suffisamment rompus, et les négociations de sortie ont tourné à la farce. "Le gouvernement britannique n'a pas fait le Brexit. C'est faux de dire ça. Ils nous ont trahis. Prenez la pêche par exemple. Ils ont abandonné nos eaux aux Européens, alors qu'elles devraient appartenir à nos pêcheurs", fustige-t-elle.À Boston (Royaume-Uni), la ville de Rachel Leverton, 75% des gens ont voté pour le Brexit. Comme elle, ils sont nombreux à penser qu'on leur a volé le référendum. Un ressentiment qui a fait les affaires de Reform UK. Le parti d'extrême droite a même récemment remporté la circonscription. Le nouveau député, Richard Tice, n'a pas répondu aux sollicitations de France Télévisions. Mais avec ses vidéos sur les réseaux sociaux, il s'est bâti la réputation d'un homme proche des gens.C'est tout ce qui plaît au peintre d'un manège pour enfants, longtemps en sympathisant du parti conservateur. "Extrême droite, centre, gauche, ça ne veut rien dire pour moi. Reform UK dit les choses comme elles sont. Ils ne sont pas parfaits, mais ils vont nous permettre d'aller de l'avant", pense Martin Sleaford, peintre et sympathisant Reform UK. À temps partiel, payé 900 euros par mois, il considère Reform UK comme la dernière chance d'un pays où, pense-t-il, plus rien ne va. "On est tout le temps en train de dépenser de l'argent aujourd'hui. Maintenant, tout le monde est dans le rouge à la fin de la semaine. On a aussi cette culture de l'assistanat. Et en plus, l'immigration est hors de contrôle", lance Martin Sleaford.À Boston, l'étranger est devenu le bouc émissaire des difficultés du moment. Dans les rues de la ville, des drapeaux arborant la croix de Saint-Georges, symbole d'un mouvement anti-immigration, ont fleuri, et plusieurs boutiques, autrefois tenues par des Polonais ou des Roumains, ont fermé. En 2016, un habitant sur dix ici était étranger. Certains, comme une Polonaise, avaient confié leur désarroi face au Brexit : "J'ai l'impression d'avoir été trahi. C'est comme être invité à une fête où plus de 70% des gens disent qu'ils ne vous aiment pas."Dix ans plus tard, terminées les interviews face caméra. Aucun commerçant d'origine étrangère n'a souhaité être filmé. C'est discrètement que l'équipe échange avec une restauratrice originaire d'Europe de l'Est, installée depuis 20 ans au Royaume-Uni. "On n'est plus vraiment heureux, vous savez. [Cest de pire en pire]", confie-t-elle, reconnaissant être "inquiète". "On ne sait pas ce qu'ils pourraient faire de nous, les gens d'Europe de l'Est", argue-t-elle.À Boston aujourd'hui, rares sont ceux qui dénoncent ouvertement le Brexit ou la montée de l'extrême droite. Andy Izar est de ceux-là. Lui, l'ancien Brexiteur, est devenu pro-Europe. "Le Royaume-Uni a beaucoup perdu, et notamment la liberté de voyager. Quand vous avez un passeport britannique, c'est plus si facile d'aller en Europe", débute-t-il. Mais ce qui a vraiment fait basculer Andy Izar dans le camp de ceux qui regrettent le Brexit, c'est l'économie. Chaque année, la sortie de l'Union européenne coûterait plus de 100 milliards d'euros au Royaume-Uni. Les prix à la consommation auraient eux aussi été affectés.Les commerçants britanniques, à qui on avait promis une embellie, disent en être pour leurs frais. "On n'aurait peut-être pas dû casser un truc qui fonctionnait pas si mal", concède l'un d'eux. Dix ans après le vote, des regrets prononcés du bout des lèvres. "À Boston, personne ne semble vraiment satisfait des conséquences du Brexit. Malgré tout, et comme le prouve la progression du parti Reform UK, rares sont ceux qui considèrent qu'un retour dans l'Union européenne permettrait d'améliorer la situation", éclaire Benjamin Delombre, envoyé spécial à Boston (Royaume-Uni).