Publié le 02/06/2026 10:34

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Dans le 23h culture du lundi 1er juin 2026, la journaliste de franceinfo Anne-Marie Revol présente ses trois coups de cœur littéraires de la semaine.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour le regarder en intégralité.On commence par Spécimen, Pauline Claviere. C'est publié chez Grasset et c'est une claque. L’écrivaine est jeune, mais elle a quand même déjà produit trois ouvrages. C'est son quatrième. Et c'est vraiment un livre, comme l'indique l'exergue, dont vous vous souviendrez très très longtemps. Ça, c'est une phrase de Maxime Chattam, qui a l'habitude de glacer le sang de ses lecteurs. "À l'origine de mon livre, il y a une angoisse de mère, un geste a priori anodin que je fais chaque matin : déposer mon fils chez sa nounou. Et un jour, une idée est arrivée par effraction. Et si ce geste que je fais chaque matin le mettait en danger ? Si je ne faisais pas ce qu'il fallait ? En parallèle de ça, j'avais eu vent d'une histoire d'un jeune homme qui était inquiété pour des faits d'exhibition sur mineur. Et ces deux situations se sont télescopées dans mon esprit jusqu'à former une obsession. Donc je dirais qu'à l'origine de ce livre, il y a une obsession", explique Pauline Claviere. Alors à partir de cette obsession, Pauline Clavier va construire un roman qui met en scène une journaliste télévision comme elle, romancière comme elle, jeune mère comme elle, habitante de Marseille comme elle, et inquiète de savoir si le fils de sa nounou ne serait pas pédophile comme elle. On se retrouve alors pris au piège d'une espèce de jeu de miroirs déformant et on se surprend à espérer, voire prier, que la fiction ici va l'emporter sur la réalité. C'est l'histoire d'Elena, qui se réjouit d'avoir trouvé une nounou exceptionnelle pour son petit garçon Lucas. Jusqu'au jour où elle va découvrir que sa nounou a un fils de 19 ans, que celui-ci est en fuite parce qu'il est accusé d'appartenir à un réseau pédophile. Avant sa fuite, il a abandonné derrière lui un journal de bord illustré assez effrayant. Ce journal de bord commence par cette phrase : "J'ai toujours trouvé que les enfants sont de plus beaux humains que les autres". Ce journal de bord, la nounou va le confier à Elena, à charge pour elle de démêler le vrai du faux et d'essayer d'innocenter son fils puisque, évidemment, aucune mère ne peut imaginer que son fils est pédophile. Sachant qu'en parallèle, Elena se souvient de sa meilleure amie Laura qui a disparu du jour au lendemain alors qu'elle était en sixième. Ça fait un roman avec un sujet extrêmement tabou : les violences sexuelles commises par des adolescents sur les enfants. C'est une sorte de boîte de Pandore qui s'ouvre. Pour les besoins de son roman, Pauline Clavier interviewait un psychiatre réel à Sainte-Anne. Son témoignage est absolument flippant, mais attention, en dépit de ce thème qui peut un peu rebuter, mais qui est hautement d'actualité – on l'a bien vu avec les problèmes dans les écoles maternelles et les crèches –, la plume de Pauline Claviere est absolument incroyable. Elle est rythmée, ses chapitres sont ultracourts, c'est franchement super fort.On poursuit avec un premier roman beaucoup plus léger. "Je marche à plusieurs" de Rudy-Williams Kabuiku. C'est paru chez Fleuve Éditions. Ici, notre héros s'appelle Curtis. Il a 19 ans, il est d'origine congolaise et il purge une peine de prison au centre pénitentiaire de Loos-les-Lille, rebaptisé Los Angeles. En guise d'ouverture, Curtis nous fait visiter sa cellule entre sa PlayStation, son livre de maths et ses toilettes entartrées. Il a un peu de mal à tuer le temps enfermé 22 heures sur 24. Alors la situation aurait pu durer encore longtemps si son avocate n'avait pas eu une brillante idée : négocier une remise de peine contre l'obtention de son baccalauréat. Sauf que le bluff est absolument énorme puisqu'il est libéré en juillet, que la session de rattrapage est en septembre, qu'il n'a évidemment rien révisé. Il va donc droit dans le mur, mais il reste quand même déterminé et il annonce : "J'avais deux mois pour braquer mon putain de bac." Alors comment s'y prend-il ? Ce n'est pas évident. Le retour à la maison commence assez mal. La nouvelle porte – parce que l'ancienne a été fracassée par le bélier des policiers qui ont donné des coups dans la porte pour l'arrêter – ne fonctionne pas avec ses propres clés et l'accueil de sa mère est absolument polaire. Heureusement, la chaleur de ses bons vieux copains illumine son quotidien et après un léger temps de flottement, il va recruter la crème de la crème : Makeda, sa meilleure amie et cerveau de l'opération ; Adem le don Juan ; M. Diti le hackeur de génie et Ange, avec chacun une fonction, soit travailler sur une matière, soit travailler sur un rôle – je ne vous dirai pas lequel – pour l'aider à décrocher son bac. Kabuiku a un style direct, mordant, très drôle et sans fard. Ses phrases claquent comme des uppercuts. "Devant la justice comme en musique, une note noire vaut deux fois moins qu'une blanche." L'humour irrigue chaque page, même dans les moments les plus sombres, il n'y a pas de pathos, il n'y a pas de complaisance. Des thèmes très forts sont abordés : le racisme, la discrimination, les stéréotypes et la tolérance. Ça sent le vécu, voire le vu et entendu. Franchement, c'est à lire au soleil cet été pour rire et pour redécouvrir les vertus de l'amitié.On termine avec un livre jeunesse : "Il paraît que" d'Olivier Tallec, paru chez Pastel. Alors là, c'est la cata totale. Comment dire ? L'écureuil a avalé par mégarde un pépin de pomme. Et il semblerait que quand on avale un pépin de pomme, on pourrait bien se transformer en arbre. Ce qui voudrait dire que les pommiers du jardin du verger seraient peut-être des gens qui auraient avalé des pépins de pomme. Pour en avoir le cœur net, l'écureuil va aller consulter ses potes et chacun va de son avis. Gunther la souris affirme qu'un pépin rouge fait de vous un arbre rouge et le hérisson jure qu'un pépin de poire vous transforme en poirier. Donc, le pauvre écureuil, eh bien, il ose même plus boire les gouttes de pluie de peur d'arroser son arbre intérieur et il fixe en permanence ses pieds de peur qu'ils se transforment en racine. Vous l'aurez compris, Julien, ce livre hilarant et très malin a été imaginé pour développer l'esprit critique de nos enfants et démonter les mécaniques de la rumeur. Les dessins d'Olivier Tallec sont, comme toujours, hyperbeaux et extrêmement poétiques. C'est un auteur très prolifique. Moi, j'en ai beaucoup lu à mes enfants. Celui-ci est le dernier. Ils sont un peu grands, mais au moins je me suis fait plaisir. Franchement, allez-y. C'est à lire à ses petits à partir de 3-4 ans.