Publié le 01/06/2026 23:15

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Masayoshi Son, le président fondateur de SoftBank, s'est entretenu avec Léa Salamé lundi 1er juin. Au sommet de Choose France, il a annoncé que son groupe investira 75 milliards d'euros en France dans des infrastructures de l'intelligence artificielle.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.Léa Salamé : Bonsoir Masayoshi Son, vous êtes le président fondateur de Softbank, un géant mondial de la tech, et vous êtes depuis ce matin [lundi 1er juin] la plus grande capitalisation boursière du Japon. Vous avez dépassé Toyota, vous êtes par ailleurs la première fortune du Japon, et vous venez d'annoncer au sommet de Choose France, que votre groupe va investir 75 milliards d'euros en France dans des infrastructures de l'intelligence artificielle. C'est un investissement record dans notre pays, le plus gros investissement de ce type en Europe. Pourquoi avez-vous choisi la France plutôt que l'Allemagne ou l'Italie ?Masayoshi Son: Le président Macron s'est rendu au Japon. C'était il y a deux mois, le 1er avril. Et il s'est montré très convaincant. Vous avez un très bon dirigeant dans ce pays. Il était très persuasif, très insistant. Il m'a dit : "Masa, tu dois y aller, Masa, tu dois le faire". Et j'ai répondu : "OK, OK, d'accord".Et quel argument il vous a donné pour vous convaincre ?Il m'a dit : "Voilà, il y a des pénuries d'électricité dans le monde entier. Tandis que nous en France, on exporte de l'électricité. Vous aurez 2 gigawatts immédiatement si vous êtes prêt à investir dans un data center d'IA". Alors j'ai répondu : "D'accord, je peux essayer". Mais il m'a dit : "Comment ça essayer ? Non, non, faites-le, promettez-le-moi."Il vous a forcé, en fait.Presque. C'est un dirigeant très convaincant. Et ce n'est que le début de nos investissements.Et si Emmanuel Macron n'est plus là, vous serez toujours là, vous continuez à vous engager ? Emmanuel Macron, dans un an, il n'est plus président. Vous avez dit que vous serez toujours là, vous vous engagez.J'essaierai de rester, mais tout dépendra du prochain gouvernement. Nous avons pris des engagements et nous les respecterons.Quel que soit le gouvernement et le président qui sera élu ?Ce à quoi nous nous sommes déjà engagés, nous nous y tiendrons. Quant à savoir si nous allons augmenter nos investissements, cette question dépendra du prochain gouvernement.De ces 75 milliards d'euros, vous allez en investir 45 milliards dans une région française qui s'appelle les Hauts-de-France. Pourquoi vous avez décidé de construire vos futurs data centers dans cette région précisément ?C'est une région industrielle qui dispose de bonnes infrastructures, d'électricité et surtout de terres disponibles. Et tout cela dans un délai court, alors j'ai dit OK.Vous allez vous allier à Schneider Electrics, notamment à d'autres entreprises françaises pour construire ces data centers. Combien d'emplois vous pensez créer, vous vous engagez à créer en France d'ici cinq ans ?En fait, il y aura deux types d'emplois. Des emplois directs que nous allons créer, et des emplois indirects. Il y a besoin de beaucoup de composants, de matériaux, il va falloir produire, et il faudra évidemment construire ces sites. Ça correspondra à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et ça va aussi permettre d'augmenter la croissance en France, les investissements. Parce que toutes ces personnes embauchées, elles vont consommer davantage. Donc, ça va contribuer à faire tourner l'économie.Le data center, c'est un peu comme dans une voiture, c'est le moteur de l'intelligence artificielle. L'objectif avec ces data centers en France, c'est d'avoir un moteur qui est trois fois plus puissant qu'il ne l'est actuellement, les fameux trois ou cinq gigawatts. Qu'est-ce que ça va changer concrètement, d'avoir un data center aussi puissant, qui va aussi vite, une puissance de calcul aussi rapide ?Pendant la journée, la France sera le centre des calculs pour l'intelligence artificielle qui alimentera toute l'Europe. Mais au milieu de la nuit, à deux heures ou à trois heures du matin, plus personne ne se sert de l'IA en Europe. En revanche, aux États-Unis, ça correspond au milieu de la journée. Donc il y aura un pic de demandes américaines à ce moment-là. La France va donc non seulement exporter son IA vers l'Europe au milieu de la journée, mais elle continuera à le faire aux États-Unis durant la nuit. C'est un marché immense.La France et l'Europe, on est trop en retard sur l'intelligence artificielle ? On est passés à côté de la révolution de l'IA, où on peut encore changer les choses ?Je dirais que tous les pays du monde sont en retard, pas seulement la France ou l'Europe. Le Japon est en retard, l'Asie est en retard. Il n'y a que la Chine qui arrive à talonner les Américains, qui sont très loin devant tout le monde. Sur l'IA, les Américains sont clairement les meilleurs. Mais sur les robots, les Chinois sont devant. Et ils ne vont pas ralentir, bien au contraire. Ils vont continuer à se développer. L'Europe a donc besoin d'entrer dans cette nouvelle civilisation. Quoi qu'on pense du bien ou du mal des robots ou de l'IA, c'est une nouvelle civilisation qui émerge.Il y a 100 ans, l'électricité et les automobiles ont créé une nouvelle civilisation. Et c'est précisément ce qui va se passer avec l'intelligence artificielle, comme ce fut le cas avec Internet il y a 20 ans. Pour l'IA, ce sera pour les 100 prochaines années, pour les 1 000 prochaines années. Sans l'IA, plus de civilisation. Donc il va falloir s'adapter, il n'y a pas le choix. Cela étant, je crois qu'il y a bien sûr le risque de voir certains emplois disparaître, et que certaines personnes ne pourront pas s'adapter assez rapidement à ces nouvelles technologies. Il faudra donc, d'une manière ou d'une autre, créer des filets de sécurité.On dit que vous êtes un familier de la Maison Blanche, que vous connaissez très bien Donald Trump. Quel regard portez-vous sur la guerre qu'il a lancée au Moyen-Orient depuis trois mois ? Et est-ce que vous craignez que le blocage du détroit d'Ormuz impacte durablement la croissance mondiale ?Je crois que l'économie mondiale est déjà touchée. Je crois que le président Trump, le gouvernement américain, sont également touchés. Ils souffrent. Donc ils sont en train de chercher une solution par eux-mêmes.C'est un bon businessman, Donald Trump ?Je le crois, oui.Il est meilleur businessman ou meilleur président des États-Unis ?Je crois que c'est un excellent président et qu'à côté de cela, il a toujours été un excellent homme d'affaires. Il a du talent pour les deux.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité