À l’occasion des 100 ans de la naissance de Marilyn Monroe, Ciné+ Classic et France 5 lui rendent hommage. Petit abécédaire subjectif d’un monument de la culture populaire. Marilyn, en janvier 1960. Bettmann Archive Par Cécile Mury Publié le 31 mai 2026 à 19h00 « I wanna be loved by you », chantait-elle dans Certains l’aiment chaud. Elle fut entendue par le monde entier, à la vie, à la mort. Née à Los Angeles le 1er juin 1926, Marilyn Monroe aurait eu 100 ans ce lundi. “All About Eve” Le titre original de ce chef-d’œuvre de Joseph L. Mankiewicz (Ève, en VF), sorti en 1950, a presque quelque chose de prophétique : « Tout sur Ève », l’archétype féminin biblique originel, adorée et honnie, victime et tentatrice, scrutée mille fois. Peu importe que, dans ce film des débuts, Marilyn Monroe n’apparaisse que quelques minutes. Son autodérision sensuelle et vulnérable crève déjà l’écran : cette pin-up-là est promise à un destin hors norme. Dès 1953, avec Niagara (Henry Hathaway), Les hommes préfèrent les blondes (Howard Hawks) et Comment épouser un millionnaire (Jean Negulesco), elle est déjà la femme la plus célèbre du monde. Marilyn Monroe, immortalisée par le photographe Elliot Erwitt en 1956. Diamond Girl Productions/Sol's Luncheonette Baker, Gladys Difficile d’évoquer Marilyn Monroe sans revenir sur le calvaire de la petite Norma Jean Baker — son vrai nom —, maltraitée, abusée, délaissée, ballottée entre familles d’accueil, voisins, grand-mère et institutions, parce que Gladys Baker, sa mère, souffre de graves troubles psychiatriques. Derrière Marilyn se cachera toujours Norma Jean, l’enfant meurtrie. Blonde C’est le titre du roman somptueux et poignant que Joyce Carol Oates lui a consacré, et c’est aussi la couleur de tous les rêves artificiels de cinéma. « Trop bouclés et indisciplinés, décoloration et permanente conseillées », lit-on dans le dossier de la brunette Norma Jean à la Blue Book Model Agency où elle s’est inscrite en 1945. Une nouvelle identité est née, dans les rinçages à l’ammoniaque toujours plus agressifs, à travers toutes les nuances du blond, de l’éclat ensoleillé des comédies à la teinte poussin de Rivière sans retour, d’Otto Preminger (1954), jusqu’au platine presque irréel, aussi pâle qu’un linceul, de la fin de sa vie. Calendrier Scandale en 1952 : des photos où Marilyn pose nue pour un calendrier refont surface dans la presse. La fin d’une carrière ? Bien au contraire. Avec un mélange désarmant de sincérité et d’habileté médiatique, la star montante explique qu’elle avait besoin d’argent pour payer son loyer. L’Amérique puritaine s’offusque… avant de se ruer dans les salles de cinéma. DiMaggio, Joe Après un bref mariage de jeunesse (à 16 ans à peine) avec un voisin, James Dougherty, Marilyn épouse en 1954 la star du baseball Joe DiMaggio. L’union de deux légendes vivantes. Pourtant, le sportif ne rêve que de bonheur domestique, et supporte mal le désir monumental que suscite sa moitié. Leur mariage ne dure que neuf mois, mais Joe DiMaggio ne cessera jamais de l’aimer. C’est même lui qui organisera les funérailles de Marilyn et, pendant des années, fera livrer des roses sur sa tombe. Fragile Dépression, insomnies, dépendance aux barbituriques, fausses couches, endométriose : le corps de Marilyn fut un champ de bataille, mais aussi un ennemi sournois qu’il fallait contrôler et surveiller chaque jour, entre peur de vieillir, de s’alourdir, de déplaire. L’actrice redoutait tout ce qui risquait de fissurer le mythe, et particulièrement les « mauvais angles » de la caméra. Travailler avec Marilyn pouvait virer au cauchemar. Retards et réécritures se succédaient, rythmés par les crises d’angoisse. Sur Certains l’aiment chaud, les prises s’enchaînent parfois par dizaines à cause de ses oublis de texte. Pourtant, ces doutes et ces douleurs ont aussi nourri son talent. Devant la caméra, le miracle finissait par s’accomplir, fragile et puissant : la grâce d’un papillon affolé, piégé dans une beauté charnelle. Marilyn Monroe, à New York, en 1959. Philippe Halsman/Magnum Photos Funny Girl Ne jamais réduire Marilyn à son pouvoir de séduction. La blonde est une bombe… d’humour, parmi les plus grandes actrices comiques de son temps. Son génie tient dans un mélange miraculeux de sensualité, de maladresse enfantine et de précision musicale. Dans Les hommes préfèrent les blondes, elle transforme le numéro chanté Diamonds Are a Girl’s Best Friend en régal pop avant l’heure. Dans Sept Ans de réflexion, de Billy Wilder (1955), elle joue malicieusement avec son image de fantasme incarné. Et dans Certains l’aiment chaud (toujours Billy Wilder, 1959), chaque regard rêveur, chaque petit pas, chaque geste candide composent un personnage inoubliable, drôle et touchant, libre et précis comme une partition de jazz. Gable, Clark Au tout début des années 60, le tournage des Désaxés, de John Huston, ressemble à un crépuscule hollywoodien grandeur nature. Clark Gable est épuisé. Marilyn, aussi. Entre eux naît pourtant une vraie tendresse. Il tente de la rassurer pendant ses crises d’angoisse ; elle admire cet immense acteur venu d’un autre âge du cinéma. Quelques jours après la fin du tournage, il meurt d’une crise cardiaque. Marilyn en sera bouleversée. Exposition “Marilyn Monroe” à la Cinémathèque, une riche exposition qui révèle la femme derrière l’icône “Happy Birthday, Mister President” Mai 1962. Robe couleur chair, cousue directement sur le corps. On dirait que Marilyn est presque nue lorsqu’elle chante Happy Birthday à John F. Kennedy au Madison Square Garden. Murmure érotique irréel, étrange aveu d’intimité avec le président des États-Unis, devant la foule et une batterie de caméras. Dans les coulisses du mythe plane aussi l’ombre de son frère Bob Kennedy, autre liaison, autre vertige de pouvoir et de secret. Intello Un sex-symbol peut cacher une lectrice avide, une passionnée de culture. De Fiodor Dostoïevski à Walt Whitman ou James Joyce, Marilyn vivait littéralement un livre à la main. Surtout, elle rêvait d’être reconnue comme une véritable artiste. En 1955, elle quitte Hollywood pour rejoindre le célèbre Actors Studio à New York, où elle travaille avec un acharnement presque douloureux : diction, improvisation, scènes reprises encore et encore, pour ne jamais cesser de se réinventer. Maîtres new-yorkais À l’Actors Studio, Marilyn cherche une nouvelle naissance artistique avec le metteur en scène Lee Strasberg, père de la fameuse « méthode ». La femme de ce dernier, Paula, se rend indispensable : coach, confidente, mère de substitution… Dès lors, pas de tournage avec Marilyn sans Paula Strasberg, que les techniciens, horripilés, surnommaient volontiers « champignon noir » ou « sorcière ». Miller, Arthur Troisième mariage, de 1956 à 1961, avec le grand dramaturge américain (Les Sorcières de Salem, Mort d’un commis voyageur). Marilyn inspire Arthur Miller, qui écrit pour elle Les Désaxés. Pendant cette période, elle apparaît dans Bus Stop, de Joshua Logan (1956), ou encore dans Le Prince et la Danseuse, de Laurence Olivier (1957). Marilyn Monroe en 1954, lors de sa visite des troupes américaines en Corée. USMC/Arte “Mon cœur est à papa” Dans Le Milliardaire (George Cukor, 1960), Marilyn chante Cole Porter avec une ironie délicieusement ambiguë face à Yves Montand, avec qui elle vivra une brève liaison très médiatisée. Comme si Marilyn avait passé sa vie à chercher des figures protectrices, qu’elle appelait volontiers « Daddy ». Nembutal Le 5 août 1962, Marilyn Monroe est retrouvée morte dans sa maison de Los Angeles, d’une intoxication au Nembutal, le barbiturique qu’elle consommait depuis des années. Overdose accidentelle, suicide ? Assassinat lié aux Kennedy ? Depuis plus de soixante ans, l’Amérique réécrit sans cesse cette tragédie hollywoodienne. Pop art Avec les sérigraphies d’Andy Warhol (à partir de 1962), Marilyn devient une image mythique. Puis viendront les chansons (Elton John, Madonna), les fictions, et, plus tard, les posters, les mugs, les gifs, les filtres Instagram. Les flots de marchandises transforment Marilyn en un logo reproductible à l’infini, loin de l’artiste qu’elle fut. “Something’s Got to Give” C’est le titre de son tout dernier film, réalisé par George Cukor en 1962, qui restera inachevé. Retards, maladie, dépendance aux médicaments, tensions catastrophiques avec la Fox : Marilyn vacille de tous côtés. Une scène où elle nage nue dans une piscine provoque déjà un scandale publicitaire. Quelques semaines plus tard, elle meurt. Impossible de ne pas frissonner devant ce titre qui ressemble déjà à une épitaphe : « Quelque chose doit céder. » Cycle à voir sur Ciné+ tous les jeudis du mois de juin : Le démon s’éveille la nuit (Fritz Lang, 1952) ; Quand la ville dort (John Huston, 1950) ; Le Prince et la Danseuse (Laurence Olivier, 1957) ; Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959) ; Documentaire I’m so Many People, de Clara et Julia Kuperberg. Sur France 5 : documentaire Quand Marilyn chantait pour les GI’s, dimanche 31 mai à 23h35. 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