Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Disparitions Disparitions Disparitions Société Société Société Il n’aura cessé de penser les événements de l’histoire dans un corps-à-corps haletant avec le siècle. Attaché à relier les savoirs afin d’élaborer sa « pensée complexe », cet intellectuel populaire, ancien résistant profondément humaniste, militait pour une insurrection des consciences. Il s’est éteint vendredi 29 mai à Paris, a confirmé son épouse au « Monde ». Article réservé aux abonnés Jusqu’au bout, son œuvre et sa vie sont restées étroitement imbriquées. Résistant au nazisme, communiste de guerre, dissident du stalinisme, sociologue du temps présent, prophète des temps futurs, métaphysicien de l’ère planétaire, agitateur d’idées et butineur du savoir, Edgar Morin est mort à Paris, vendredi 29 mai, à l’âge de 104 ans, a confirmé sa veuve au Monde. Il n’aura cessé de penser sa vie et de vivre sa pensée. « Je ne suis pas de ceux qui ont une carrière, mais de ceux qui ont une vie », écrivait-il dans Mes démons (Stock, 1994). Celle-ci s’est constamment nourrie des contradictions et des tensions du monde comme de celles qu’il éprouvait lui-même. Sa propre genèse en témoigne. Lorsque naît Edgar Nahoum, le 8 juillet 1921, à Paris, dans une famille juive originaire de Salonique, ses premières minutes sont en suspens entre la vie et la mort. Sa mère, Luna, avait caché à son mari, Vidal, que l’enfantement lui était proscrit par la médecine en raison d’une lésion au cœur causée par la grippe espagnole, contractée en 1917. Mais l’enfant et la mère survécurent, dans une indéfectible adoration mutuelle. Jusqu’à cette déflagration que subit le jeune Edgar : alors qu’il va vers ses 10 ans, Luna meurt d’une crise cardiaque, le 26 juin 1931. Un « Hiroshima intérieur », confiera-t-il. Dès lors, il devra, selon une phrase d’Héraclite qu’il fera sienne, « vivre de mort, mourir de vie ». Il vous reste 96.28% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.