L’étau se resserre autour du chanteur accusé de nombreuses agressions sexuelles. Une trentaine de femmes ont témoigné contre lui. Rappel des faits alors que le chanteur vient d’annuler ses dates jusqu’à l’automne. Selon « Le Parisien », l’animateur Nagui va retirer les chansons de Patrick Bruel de son émission « N’oubliez pas les paroles ». Photo Jean-Marc Lhomer/Bestimage Par Odile de Plas Publié le 29 mai 2026 à 20h55 Visé par de nombreuses plaintes pour violences sexuelles, Patrick Bruel est dans la tourmente depuis un peu plus de deux mois. En tout, une trentaine de femmes ont témoigné contre le chanteur. Sa tournée est menacée et, pour la première fois, il recule ce vendredi. Le chanteur a annoncé l’annulation de ses trois concerts au Cirque d’hiver en juin, de sa participation aux festivals d’été et à la prochaine tournée des Enfoirés. Où en sont les accusations à ce jour ? Le 18 mars, le site Mediapart publiait une enquête fleuve dans laquelle huit femmes accusent le chanteur d’agression sexuelle. Y figure notamment le témoignage de Daniela Elstner, à l’époque assistante chez Unifrance, qui affirme avoir été victime d’une tentative de viol en 1997 lors du Festival du film français à Acapulco, au Mexique. L’article va entraîner une vague de témoignages et de nouvelles accusations. Le 26 mars, une attachée de presse belge, Karine Viseur, qui avait déposé une première plainte en 2010, annonce avoir de nouveau saisi la justice de son pays. À lire aussi : “Il se frotte à moi, il passe sous ma robe” : Patrick Bruel visé par une nouvelle plainte pour agression sexuelle Le 13 avril, quatre femmes s’expriment dans le magazine Elle pour des faits de viols cette fois, avec dépôt de plainte. Parmi celles-ci, Ophélie Fajfer, 19 ans au moment des faits (un baiser imposé, des attouchements et une pénétration digitale dans la piscine de sa propriété du Vaucluse). Sa première plainte, déposée en 2021, classée sans suite en 2022, a été transmise pour réexamen au parquet de Saint-Malo. L’affaire prend une ampleur nouvelle le 15 mai avec la plainte pour viol déposée par l’animatrice de télévision Flavie Flament. Elle affirme que le chanteur et comédien aurait abusé d’elle lorsqu’elle était adolescente. Dans la foulée, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, déclare sur France 2 qu’il faut encourager les femmes victimes à parler, « même des dizaines d’années après ». « On doit continuer à apporter dans la parole publique des messages extrêmement clairs qui encouragent les femmes à parler ». À ce jour, une trentaine de femmes ont témoigné contre le chanteur et treize plaintes ont été déposées. Leur nombre varie dans les médias car toutes n’ont pas déclenché l’ouverture d’une enquête. Le nombre de témoignages inclut ceux des six masseuses, qui en 2019, avaient dénoncé des faits d’exhibition sexuelle, d’agression sexuelle, de tentative de viol et de viol entre 2010 et 2019. Des plaintes classées sans suite pour insuffisance de preuves. Face à l’importance de l’affaire, le parquet de Nanterre a été chargé de centraliser une grande partie des procédures afin de coordonner les investigations. Quelles conséquences pour sa tournée ? Ce vendredi 29 mai, dans un communiqué révélé par RTL, la société de production du chanteur a annoncé que Patrick Bruel renonçait à se produire dans les festivals d’été où il était programmé. « Plusieurs organisateurs de festivals ont rapporté subir des pressions et être empêchés dans l‘organisation sereine de leurs événements. Nous ne souhaitons en aucun cas exposer ni les organisateurs, ni le public, à un climat de tension […] Dans un souci d’apaisement et de responsabilité, Patrick Bruel prend la décision, en accord avec les organisateurs de festivals, d’annuler les concerts prévus de juin à septembre [...] Nous prenons cette décision pour le public, et pour les festivals ». Dans la foulée, on apprenait qu’il renonçait aussi à ses trois dates au Cirque d’hiver, les 16 et 18 juin. Les concerts prévus à l’automne sont maintenus, mais semblent désormais très incertains. La tournée « Alors regarde », célébrant les 35 ans de l’album du même nom, comportait au départ trente-sept dates. Elle devait débuter le 16 juin et se terminer le 5 décembre à Québec, mais les trois concerts prévus dans cette ville du Canada ont été annulés dès le 19 mai, à l’initiative de l’organisateur local. Quelques jours plus tard, le 26 mai, le Bellarena Indoor Festival, à Fribourg (Suisse), a annoncé le report sine die du concert, même s’il est encore possible d’acheter des places. Les organisateurs se réservant la possibilité de le programmer de nouveau en 2027, selon l’évolution de la situation. La nuance a son importance : si le festival avait annulé, il aurait dû en supporter les conséquences financières. Tous justifient leur décision par l’impossibilité, « dans les circonstances actuelles, d’assurer la promotion de ce spectacle dans des conditions adéquates et apaisées ». À lire aussi : Patrick Bruel : les maires de Paris, Lyon, Marseille, Brest et Nancy demandent l’annulation de sa tournée Dès le début de l’affaire, plusieurs collectifs féministes se sont exprimés contre la tenue de ses concerts. Le 19 mars, NousToutes s’opposait à sa venue au Festival Grandes Marées, à Jullouville (50) prévue le 24 juillet. À la fin du mois d’avril, une pétition, lancée par Salon Féministe, demandait l’annulation de la tournée dans son ensemble afin que la justice puisse « statuer sereinement ». Elle a depuis recueilli 47 000 signatures. Plusieurs maires (Paris, Lyon, Marseille, Brest et Nancy) ont également appelé l’artiste à mettre entre parenthèses sa tournée. Un appel à manifester le 16 juin devant le Cirque d’hiver Bouglione, à Paris, pour la première date de la tournée de Patrick Bruel. Photo Magali Cohen/Hans Lucas Ces annulations posent des questions juridiques et financières complexes. Patrick Bruel étant présumé innocent, il n’existe aucun fondement juridique pour annuler ses concerts. Par conséquent, celui qui déclenche l’annulation en supporte la facture. Si 14 Productions, entreprise dont Patrick Bruel est le gérant et qui organise et finance sa tournée, assume le coût de l’opération, cela pourrait se chiffrer en dizaines de millions d’euros. Quelles conséquences pour sa carrière ? Le chanteur, également comédien, est à l’affiche de Deuxième Partie, une pièce de Samuel Benchetrit, au Théâtre Édouard-VII depuis le 27 janvier 2026. Mercredi 27 mai, une représentation a été perturbée par une action de militantes féministes. Elles ont été évacuées de la salle et la représentation a pu avoir lieu. Jeudi 28 mai, le magazine Elle a révélé que Sony Music, sa maison de disques, « mettait en pause les activités promotionnelles du chanteur ». Récemment signé sur le prestigieux label Columbia France, un nouvel album était semble-t-il prévu au cours de l’année. La maison de disques est également rattrapée par les témoignages de deux anciennes salariées de BMG, le précédent label de Patrick Bruel, racheté par Sony en 2004. Newsletter Le réveil culture Votre condensé quotidien de l'actualité culturelle et nos recommandations du jour. Engagé dans Les Restos du cœur, Patrick Bruel a participé à trente-trois concerts des Enfoirés sur trente-six. Le chanteur ne participera pas cette année à la tournée « pour ne pas mettre dans l’embarras l’association des Restos du cœur et les Enfoirés », selon la directrice artistique du show, Anne Marcassus. Patrick Bruel est aujourd’hui à l’affiche de la série Menace imminente, diffusée actuellement sur TF1. Depuis 2022, il cherchait à monter un projet de film Place des grands hommes, une comédie dramatique inspirée de sa célèbre chanson. Sans casting, le film semble au point mort. Selon Le Parisien, la station de radio RFM arrêterait de diffuser ses chansons ; Nagui retire ses titres de l’émission N’oubliez pas les paroles. À lire aussi : Michael Jackson, Kanye West, Patrick Bruel… Face aux artistes “problématiques”, un cas de conscience collectif Société Musique Chanson française Violences sexistes et sexuelles Patrick Bruel Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus