C’est un incontournable cette année dans la programmation danse du Festival TransAmériques (FTA). Trajal Harrell présentera, en grande première nord-américaine, du 4 au 6 juin, sa pièce The Romeo au théâtre Duceppe. Dans une volonté d’être ensemble, le chorégraphe américain, aujourd’hui directeur du Zürich Dance Ensemble en Suisse, met en scène un long défilé, hors du temps, où foisonnent personnages et costumes, tous unis par une danse qui a traversé de nombreuses cultures et n’a cessé d’évoluer au fil de l’histoire.Festival d’Avignon 2023, dans la cour d’honneur du Palais des papes. C’est pour ce fameux événement et dans ce lieu mythique que Trajal Harrell a été invité à créer une pièce qui s’avérera être The Romeo. « C’était une surprise pour moi. J’étais choqué et à la fois honoré. Le Palais des papes, c’est une des scènes les plus prestigieuses au monde », se souvient-il.Il a rapidement eu envie de construire autour de l’idée du rassemblement, thématique qu’il aborde aussi dans ses autres œuvres. « Pour moi, créer, c’est un prétexte pour célébrer le fait d’être ensemble. Ça nous ramène à quelque chose d’important dans l’humanité. En plus, aujourd’hui, dans ce monde difficile où il y a beaucoup de polarisation, on prend souvent ça comme garanties. Pourtant, la COVID-19 nous l’a montré. On pourrait être séparés, seuls. Pour moi, l’art peut nous rappeler que le fait d’être ensemble a une grande valeur. De s’asseoir côte à côte et de regarder quelque chose, c’est un luxe. Beaucoup de gens n’ont pas ça. Il faut l’honorer, le protéger, et je pense que c’est l’un des rôles que les artistes peuvent jouer dans notre société, et ce n’est pas rien », affirme-t-il.Pour The Romeo, M. Harrell a voulu créer une danse partagée, « une danse qui pourrait trouver sa place dans notre imaginaire historique collectif ». « Elle appartient aux interprètes, mais aussi à tout le monde. C’est une danse qui a voyagé à travers les cultures, l’histoire, les générations. Une danse que tu ne peux pas associer à une seule place, mais quand tu la vois, tu sais », raconte le chorégraphe. Pour lui, il était normal de trouver un nom à cette chorégraphie fictive, et le prénom Romeo lui est apparu comme une bonne idée. « Je voulais quelque chose qui n’a pas de traduction. Il y a des choses, quelle que soit la langue qu’on parle, comme des noms de marque qui sont entrés dans le langage courant. J’avais envie que ça fasse le même effet. Romeo, les gens pensent à Shakespeare, donc c’est connu. Ils savent le prononcer, quel que soit leur pays. Ça relie aussi à un archétype de l’amoureux, et à Rome. C’est quelque chose que l’on comprend, auquel on peut s’identifier », explique-t-il.C’est tout naturellement que M. Harrell a voulu monter une grande forme, avec 12 danseurs sur scène. « C’était un immense espace et je sentais qu’il fallait le remplir pour le sentir au maximum. De plus, je voulais partager cette incroyable expérience avec les danseurs. Je n’aurais pas trouvé ça cool de le faire seulement avec deux danseurs, par exemple. Je voulais aussi que ce soit un honneur pour eux d’être là », raconte le directeur du Zürich Dance Ensemble, d’où sont issus les interprètes.