Publié le 26/05/2026 23:17

Mis à jour le 26/05/2026 23:17

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Invité de "Tout est politique" mardi 26 mai, l'ex-ministre et député EPR des Français établis hors de France fait part de son regard sur les moyens de financer la transition écologique des infrastructures du pays, en pleine vague de chaleur précoce. Il revient également sur les grands sujets de la présidentielle de 2027, à l'heure où Gabriel Attal et Édouard Philippe se font face au centre.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l'interview ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.Sonia Chironi : Marc Ferracci, on n'en est pas encore au modèle américain, on l'a bien compris, mais est-ce qu'il faut tout de même limiter d'une manière ou d'une autre la croissance et le développement des data centers sur le territoire français ?Marc Ferracci : Non, je ne pense pas qu'il faille la limiter, parce que derrière les data centers, il y a un enjeu très important qui est celui de la souveraineté. La souveraineté sur les données qu'on va mettre sur ces data centers, que les entreprises, que les particuliers vont mettre. Derrière les data centers, il y a des serveurs. Les serveurs utilisent parfois et de plus en plus des algorithmes qui font appel à l'intelligence artificielle. Et on a besoin que ces algorithmes utilisent des données qui sont en France et en Europe. Parce que ça, c'est une condition de notre souveraineté numérique, et c'est la raison pour laquelle l'année dernière, et ce sera encore le cas cette année, eh bien, le président de la République a annoncé, c'était lors du Sommet sur l'IA qui a eu lieu en février 2025, que beaucoup de projets de data center allaient s'implanter en France. Je veux rassurer sur le fait que d'abord nous avons la capacité à produire l'électricité qui permettra d'alimenter les data centers. Il faut savoir que nous produisons un excédent d'électricité aujourd'hui en France. On a exporté 20 % de notre production électrique l'année dernière. Ça veut dire que nous avons des réserves. Nous avons aussi l'ambition de produire plus. Il y a six réacteurs nucléaires qui sont en cours de construction, qui seront opérationnels, pas avant 2038, mais d'ici là nous avons la capacité, avec les énergies renouvelables, avec l'hydroélectricité, de tenir cette montée en puissance. Donc il ne faut pas être inquiet. Sur la question de l'eau, vous avez également pointé le fait que c'est un sujet, il ne faut pas l'écarter. Il y a derrière les data centers, l'enjeu du refroidissement, mais il y a aussi des solutions très responsables. Moi, j'ai visité des data centers quand j'étais ministre de l'Énergie. J'en ai visité un à Meudon en particulier, qui produit de la chaleur. Et cette chaleur servait à chauffer le lycée de la commune. Et donc on voit bien qu'il y a cet enjeu de recyclage de l'énergie produite sur laquelle les industriels savent trouver des solutions.La France vit un épisode de chaleur intense, extrême, inédit. On a encore battu aujourd'hui des records de température, et c'est l'occasion de réaliser une nouvelle fois à quel point nos infrastructures sont inadaptées à ces températures extrêmes. On parle des écoles, on parle des hôpitaux, des transports, on parle de 400 à 500 milliards d'euros d'investissements nécessaires pour mener les chantiers pour adapter nos infrastructures. On ne les a pas évidemment, donc on fait comment ?D'abord, le constat, il faut qu'il soit posé de manière très lucide. La transition écologique, ça va coûter très cher. Certains rapports, celui qui a été réalisé par exemple par Jean Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, pointaient que ça coûterait l'équivalent de deux à trois points de PIB. Notre PIB, c'est plus de 3 000 milliards d'euros. Un point de PIB, c'est 30 milliards d'euros. Vous multipliez ça par trois, ça fait 90 milliards d'euros. C'est chaque année que ça coûte quelque chose d'aussi important. Et donc, si on met bout à bout tous les investissements qui sont nécessaires à la transition, eh bien, on se rend compte que ça coûte très cher. Donc, la réponse que je vous fais, c'est que pour financer la transition écologique, pour financer notre souveraineté, et on parle aussi de la souveraineté énergétique, les réacteurs nucléaires, l'armée, on a besoin de créer plus de richesses. Et moi, ce que je souhaite, c'est que face à cet enjeu du dérèglement climatique, tout le monde prenne bien conscience que l'enjeu pour l'élection présidentielle de 2027 du point de vue des politiques publiques, c'est d'être crédible sur la manière dont on crée plus de richesses. Ça signifie augmenter le taux d'emploi. En France, on a une proportion de gens qui travaillent qui est très largement inférieure à l'Allemagne, et plus largement aux autres pays européens. C'est augmenter la productivité. Et ça, c'est quelque chose d'absolument nécessaire, parce que l'Europe, comme règle générale, mais aussi la France, a tendance à décrocher en termes de productivité.Donc, les Français doivent travailler plus pour financer la transition écologique, c'est ça que vous dites ce soir ?Travailler plus nombreux. Parce qu'on sait que le problème ici, c'est que les jeunes, mais aussi les seniors, sont moins nombreux à travailler que dans les autres pays. Ce n'est pas forcément une histoire de travailler plus longtemps, dans une année ou dans une semaine. C'est être plus nombreux à travailler. Donc, moi, je considère, et j'aurai l'occasion d'essayer de participer aux débats publics sur ces sujets-là, qu'il faut de nouvelles réformes pour travailler plus nombreux, il faut de nouvelles réformes pour améliorer la productivité, faire en sorte, par exemple, que l'IA se transforme en gain de productivité pour les entreprises. Ça, c'est quelque chose de très important. On sait que ce n'est pas parce qu'on investit dans une technologie qu'on va faire des gains de productivité, qu'on va produire plus et mieux. Ce qu'il faut, c'est, en parallèle, être capable de réorganiser le travail. Ça pose la question du dialogue social, ça pose la question du droit du travail, ça pose beaucoup de questions, que les candidats devraient prendre à bras-le-corps dans la perspective de 2026.Nathalie Saint-Cricq : Par exemple, je sais qu'à la rentrée, vous faites un livre qui apporte des pistes pour le plein-emploi, qui est une sorte de mythe, mais on essaie d'y tendre. Expliquez-nous plus exactement, comment vous réformez les choses ? Parce que le rêve que tout le monde puisse travailler, qu'il y ait une adéquation entre la demande et l'offre, c'est un rêve que tout le monde caresse depuis une éternité. Que fait-on pour qu'il n'y ait pas un couperet à 50 ou 55 ans et que les gens ne puissent plus travailler ? Il faut durcir les conditions d'allocation chômage ? Vous faites quoi ?Il n'y a évidemment pas un seul levier à actionner. Si je devais évoquer les deux sujets les plus importants. Le sujet le plus important pour moi, c'est l'articulation entre le système d'enseignement et le marché du travail. Cette articulation, aujourd'hui, elle a progressé grâce à l'apprentissage. On permet à beaucoup plus de jeunes de trouver du travail parce qu'ils obtiennent leur diplôme en apprentissage. Et ça, c'est quelque chose de très positif qu'on doit aux réformes que nous avons faites. Mais on ne va pas assez loin. Les lycées professionnels, c'est 650 000 jeunes qui ont encore des taux d'insertion dans l'emploi qui sont insuffisants. L'enseignement général, et notamment l'enseignement supérieur - Moi, j'ai été et je suis toujours professeur d'université, - ne sont pas toujours adaptés aux besoins du marché du travail et des entreprises. On a besoin de faire en sorte que la professionnalisation soit désormais le principe cardinal de notre système d'enseignement. Ça, c'est le premier point très important. Le deuxième dont je veux quand même parler, c'est la question du droit du travail et du dialogue social. Par rapport aux autres pays, la France, elle a une spécificité, c'est que le droit du travail, il se fait en haut. Il se fait par la loi, il se fait dans des accords de branche, mais il se fait très peu dans les entreprises. Et ça, c'est un élément sur lequel nous devons revenir parce que c'est la condition pour faire des gains de productivité, c'est la condition pour créer des emplois. Il faut donner de la liberté aux gens qui sont sur le terrain, les salariés, leurs représentants et les directions.Cliquez sur la vidéo pour regarder l'entretien en intégralité.