Alors que la célèbre course d’endurance vit un nouvel âge d’or, un événement, aux portes du circuit, va venir animer l’édition 2026 : un nouveau musée.Aux 24 Heures du Mans, pour remporter la victoire suprême, tout se joue dans l’infime. Un tour rapide signé quand il le faut, un changement de réglage opportun, la bonne décision prise au bon moment… Autant d’éléments censés faire la différence.Cette quête de l’excellence, jusqu’au moindre paramètre, se retrouve tout naturellement au M24, du nom du tout nouveau musée, inauguré ce 27 mai, à l’entrée nord du célèbre circuit. Le Point a pu le visiter en avant-première.Le M24 est inauguré le 27 mai 2026, et recevra ses premiers visiteurs dès le lendemain. NICOLAS TESSON / @PRO.NLREALISATION Pour mesurer cette obsession du détail, il faut tout d’abord baisser les yeux. Dès l’entrée, sous les pas des spectateurs, une résine sombre, légèrement granuleuse, s’étend. « Nous avons, en quelque sorte, scanné la piste des 24 Heures du Mans, pour la reproduire sur ce sol », s’enorgueillit Fabrice Bourrigaud, le directeur du lieu. Une annonce qui fait son petit effet, alors que la visite n’a même pas encore vraiment commencé.Un chantier titanesque pour un projet ambitieuxC’est peu dire qu’il en faut, des bonnes idées, pour satisfaire les objectifs du M24. Car ce nouveau musée, situé sur une terre de légende, souhaite tout simplement devenir la référence mondiale du sport automobile. Et ce ne sont pas les arguments qui lui manquent.Ce projet ambitieux, c’est d’abord celui d’un chantier titanesque. Adieu, le Musée de l’automobile de la Sarthe et des 24 Heures du Mans : l’ancien lieu, inauguré en 1991, a été entièrement rénové, tout en créant une nouvelle extension qui vient doubler sa superficie, pour une surface totale de 8 600 m2. C’est l’architecte Frédéric Audevard qui s’est chargé de la nouvelle aile, « inspirée de l’aérodynamisme, de la vitesse » que l’on retrouve dans les sports mécaniques.Ici, la course est reine, les travaux ont débuté à la toute fin de la dernière édition. Avec un pari osé : réaliser en onze mois des travaux censés s’étaler sur deux ans. Il a fallu, par exemple, faire preuve d’ingéniosité, quand le transport de certaines voitures de collection relevait du parcours du combattant au milieu des ouvriers et des gravats.La collection de Richard Mille au service du M24Un homme joue un rôle majeur dans ce projet : Richard Mille. Le créateur de la marque horlogère est intarissable dès qu’il évoque sa passion. « J’ai toujours voulu faire un musée parce que je collectionne des voitures depuis maintenant 40 ans. C’est un peu compulsif, mais bon, c’est incurable », nous confie l’entrepreneur.« Il y a beaucoup d’amoureux du sport automobile, je me disais que de ne pas en faire profiter le public, c’était criminel. » Quand son ami Pierre Fillon, directeur de l’Automobile club de l’Ouest (ACO), lui dit en 2022 vouloir rénover le musée des 24 Heures, c’est tout naturellement qu’il se joint à lui.Richard Mille et Pierre Fillon, lors de la pose de la première pierre du chantier, en mai 2025. LOUIS MONNIER/LOUIS MONNIER Le collectionneur ne s’est pas contenté de prêter ses bijoux roulants, comme ses nombreuses Formule 1. « On a été pourvoyeurs d’idées et de concepts, on a très bien travaillé avec les scénographes. Il fallait rendre ces bolides et ces œuvres d’art ce qu’elles sont dans la réalité, c’est-à-dire dynamiques », explique-t-il avec un enthousiasme contagieux.Pas question, pour le M24, d’offrir un spectacle redondant, avec des voitures alignées en rangs d’oignons. Un reproche qui était souvent adressé à l’ancien établissement, qui proposait une collection certes extraordinaire, mais dans un espace trop étriqué. Il faut que ces tableaux à quatre-roues puissent respirer !Retranscrire l’émotion d’un départ au MansLa première salle du musée plonge les visiteurs dans un rite initiatique. Une Audi R18 e-tron quattro, victorieuse trois années de suite dans la Sarthe (2012, 2013, 2014), subit un pesage, étape incontournable qui a lieu au centre-ville du Mans, avant le début des choses sérieuses. Elle surplombe des homologues, plus anciennes pour la plupart, comme une Ferrari 512 BB LM engagée en 1981, une Mercedes-Benz CLK LM de 1998 ou encore une sublime Bentley Speed 8, victorieuse en 2003.Devant ces beautés, un écran géant diffuse deux films présentant les différentes procédures de lancement, l’historique, avec des voitures en épi, et l’actuelle. « On veut faire vivre l’émotion d’un départ moderne », atteste Fabrice Bourrigaud, chargé de la Culture et de l’héritage à l’ACO. Mission réussie : le bruit, le son, l’adrénaline… Tout est fait pour être pris aux tripes et c’est terriblement efficace.L’émotion. C’est un mot qui revient inlassablement dans la bouche des têtes pensantes, acteurs mais aussi premiers visiteurs de ce projet. Un fil rouge qui anime le parcours du M24, dans des salles aux thématiques fortes et bien pensées, comme pour découvrir tous les aspects du double tour d’horloge sarthois et de son histoire.Quand la nuit s’empare de la courseMention particulière à cet espace consacré à la nuit au Mans, où trônent trois prototypes dont une Peugeot 908 HDi FAP, lauréate en 2009. Ici, la lumière baisse progressivement au milieu d’écrans immersifs et de simulations 3D, pour faire ressentir aux spectateurs la folie d’une accélération à plus de 300 km/h, dans la pénombre, aux côtés de concurrents enragés, sur la célèbre ligne droite des Hunaudières. Tout simplement grisant.Une quinzaine de F1 sont exposées au M24. MARIA LABZAE/MARIA LABZAE Plus loin, une « matériauthèque » offre aux curieux une expérience interdite : celle de toucher des objets exposés, comme des volants, des harnais, des pièces de carbone, etc. Nous citerons, également, sans gâcher la surprise, deux impressionnants dioramas, rendant hommage à des époques révolues du sport automobile.En tout, ce sont entre 120 et 130 automobiles, mais aussi quelques motos, qui sont exposées en temps normal. En plus de l’Endurance, 16 pièces de F1 sont entreposées, comme une Ferrari SF-23 pilotée il y a peu par Charles Leclerc, une vieille Renault d’Alain Prost en passant par la Mercedes-AMG F1 W09 EQ Power +, avec laquelle Lewis Hamilton a conquis son cinquième titre de champion du monde en 2018.Plusieurs voitures de rallyes (WRC), dont une Citroën de Sébastien Loeb, et d’autres disciplines moins connues en Europe (Indycar, Can-Am) sont aussi de la partie. En coulisses, ce sont 500 pièces qui patientent, entre celles possédées par l’ACO et la réserve de Richard Mille. Un trésor extraordinaire qui permettra de faire tourner régulièrement les collections, pour mieux y revenir.Lewis Hamilton, ambassadeur de luxe« Ce sont des œuvres d’art mécaniques, des tableaux à quatre roues, qu’on pose sur le sol au lieu de les accrocher au mur », résume le directeur de l’établissement. « Elles sont pratiquement toutes fonctionnelles, car on veut leur redonner vie à l’occasion de certains événements », promet-il.Une Ferrari F2002, avec laquelle « Schumi » a conquis son cinquième titre de champion du monde, fait partie de la collection. MARIA LABZAE/MARIA LABZAE Une dernière allée, elle, rend hommage aux hommes derrière la mécanique. L’occasion de retrouver des pilotes légendaires qui ont marqué leurs époques, avec une place toute particulière accordée au « Baron rouge », Michael Schumacher, 7 titres de champion du monde dans la catégorie reine, pour 91 victoires en Grand Prix. Une légende, battue par un seul homme : le Britannique Lewis Hamilton. Ça tombe bien, il a accepté d’être l’ambassadeur du M24.