Sonny Rollins, le saxophoniste ténor qui joua aux côtés des pionniers du bebop Charlie Parker, Miles Davis, John Coltrane et Thelonious Monk est décédé. Il avait 95 ans.Le résuméGéant du sax ténor, Sonny Rollins est mort à 95 ans. Compagnon de route de Parker, Monk, Miles Davis ou Coltrane, il laisse plus de 60 albums, dont le mythique "Saxophone Colossus".Figure du hard bop, il a révolutionné l’impro jazz.Perfectionniste obsessionnel, il interrompit plusieurs fois sa carrière pour se réinventer.Sonny Rollins est mort lundi à son domicile de Woodstock, dans l’État de New York, a rapporté l’Associated Press, citant sa porte-parole Terri Hinte. En plus de soixante ans de carrière, le célèbre sax ténor a enregistré plus de 60 albums et participé à d’innombrables captations pirates de concerts.Son album "Saxophone Colossus", enregistré avec Max Roach et paru en 1956, est devenu instantanément un classique. Figure majeure du hard bop, il intégra aussi à ses concerts et disques des influences calypso issues de ses racines caribéennes. S’il joua avec des pianistes comme Thelonious Monk, Hampton Hawes ou Herbie Hancock, il contribua également à populariser les trios sans piano qui marquèrent les années 1960.Sonny Rollins - Jazz à Vienne 2011 - LIVE HDVoyages sonores improvisés"Sonny Rollins est l’un de nos artistes les plus aimés, inspirants et créatifs", déclarait il y a quelques années le journaliste et réalisateur Bret Primack, proche du musicien. Selon lui, le maître du jazz offrait aux auditeurs "des voyages improvisés d’une imagination harmonique sans précédent". Quel que soit le style ou la formation, Rollins n’a jamais perdu l’énergie et la joie communicative qui jaillissaient de son saxophone.60albumsSans compter d'innombrables captations pirates de concerts où se révélait son talent d'improvisateur.En 1959, à seulement 29 ans et au sommet de sa célébrité comme de sa créativité, il cessa soudainement de se produire en public. Il expliqua plus tard avoir interrompu sa carrière parce qu’il n’était plus satisfait de son jeu. "Je jouais devant de plus en plus de monde sans parvenir à donner le meilleur de moi-même", confia-t-il au critique Whitney Balliett. "J’avais perdu la capacité de jouer chaque soir ce que je voulais réellement jouer, sans être parasité par mes émotions. Je me posais beaucoup de questions."Pour trouver des réponses, il se mit à "pratiquer encore et encore". Craignant de déranger ses voisins à Brooklyn, il allait jouer sous le Williamsburg Bridge, où, disait-il, "on peut souffler aussi fort qu’on veut". Il a ainsi étudié le piano, l’harmonie et le contrepoint, arrêta de fumer, fit davantage d’exercice et réduisit sa consommation d’alcool: "J’ai besoin de bons poumons et de doigts rapides."Sonny Rollins, honoré par le Kennedy Center, le 4 décembre 2011. ©AFPTrois ans de silenceCette retraite volontaire et cette pause discographique de trois ans n’entamèrent pourtant pas sa réputation. Whitney Balliett écrivit que "son timbre autrefois maniéré et abrupt était devenu plus ample et plus libre", tandis que son approche de l’improvisation constituait "une jouissance en perpétuelle transformation"."Ne cessez jamais de croire que vous devez faire vos preuves à chaque minute. C’est probablement une bonne chose. Le désir de progresser est quelque chose qu’on ne peut trouver qu’en soi-même."Sonny RollinsSaxophoniste de jazz américainÀ son retour, Rollins forma un petit ensemble avec notamment le guitariste Jim Hall. "Avant, le jazz signifiait bars, fumée et alcool", expliquait Hall. "Mais son jeu était tellement sain qu’il a planté une graine en moi et m’a aidé à remettre de l’ordre dans ma propre vie." Hall admirait particulièrement la manière dont Rollins développait un motif à travers ses solos, rappelant les procédés étudiés en école de musique chez les compositeurs classiques.Tous les critiques ne furent cependant pas toujours convaincus. En 2005, Stanley Crouch écrivait: "Il est soit stupéfiant, soit à peine passable." Selon lui, lorsque Rollins était en pleine possession de ses moyens, il convoquait "toute l’histoire du jazz", mais face à un public plus jeune, il pouvait aussi céder à des "calypsos banals".Sonny Rollins - InterviewHarlem, Parker et la prisonTheodore Walter Rollins naît à Harlem le 7 septembre 1930, dans une famille originaire des îles Vierges américaines. Après le piano, il reçoit son premier saxophone à 13 ans, passe de l’alto au ténor et enregistre adolescent avec J.J. Johnson et Bud Powell. Très vite, il joue avec Monk, Davis et Parker.En 1950, Sonny Rollins est arrêté pour vol à main armée et passe dix mois à la prison de Rikers Island. Deux ans après sa libération, il est envoyé dans un centre pour toxicomanes à Lexington, dans le Kentucky, où il parvient à se défaire de son addiction à l’héroïne.Influencé d’abord par Coleman Hawkins puis par le jeu plus aérien de Lester Young, il développa finalement un son qui n’appartenait qu’à lui, privilégiant les registres graves du saxophone ténor. Pilier du bebop, il tint tête à Parker et Monk tout en collaborant aussi avec le Modern Jazz Quartet, auquel il apporta une énergie plus rugueuse.En 2010, Barack Obama remettait la National Medal of Arts à Sonny Rollins. ©REUTERSUn improvisateur volcaniqueDe nombreux critiques estimèrent au fil des années que les disques studio de Rollins ne rendaient pas justice à son talent. En 2005, Ben Ratliff écrivait dans le New York Times qu’il était "un improvisateur hors pair, de grande ampleur, ayant souvent besoin d’une demi-heure ou davantage pour dire ce qu’il voulait exprimer avec son instrument et atteindre son élan"."Avant, le jazz signifiait bars, fumée et alcool. Mais son jeu était tellement sain qu’il a planté une graine en moi et m’a aidé à remettre de l’ordre dans ma propre vie."Jim HallGuitariste de jazz américainLe Penguin Guide to Jazz salua toutefois une carrière "prolifique et inspirante" et une influence immense «tant par sa virtuosité instrumentale que par la qualité de ses improvisations».Même à plus de 70 ans, Rollins donnait encore des concerts dépassant les deux heures. Ses sets mêlaient standards, calypsos et parfois même chansons hawaïennes. Debout face à son sextette, jambes écartées, il bougeait son torse et son saxophone "comme s’il essayait d’en faire surgir des surprises", écrivait Ratliff.Un autre critique du New York Times le qualifiait dès 1996 "d’improvisateur volcanique", tout en soulignant qu’il avait toujours entretenu une relation difficile avec le studio d’enregistrement.Sonny Rollins, Academy Class of 2006, Full InterviewExigence extrêmeD’une exigence extrême envers lui-même, Rollins prit encore deux longues pauses dans sa carrière publique, dont une de trois ans à la fin des années 1960. "Ne cessez jamais de croire que vous devez faire vos preuves à chaque minute", résumait-il pour expliquer sa philosophie. «C’est probablement une bonne chose. Le désir de progresser est quelque chose qu’on ne peut trouver qu’en soi-même.»Sonny Rollins reçut la National Medal of Arts, fut élu à l’American Academy of Arts and Sciences et honoré par le Kennedy Center. Il fut aussi le sujet du documentaire "Sonny Rollins: Beyond the Notes".Marié durant 48 ans à Lucille Rollins, qui gérait également ses affaires, le musicien vivait depuis des décennies dans une ferme près de l’Hudson avant de s’installer à Woodstock après la mort de son épouse en 2004.
Le géant du jazz Sonny Rollins a rangé son saxo à 95 ans
Sonny Rollins, le saxophoniste ténor qui joua aux côtés des pionniers du bebop Charlie Parker, Miles Davis, John Coltrane et Thelonious Monk est décédé. Il avait 95 ans.










