En lien avec le festival MOT pour Mots, qui se tiendra à la Villette les 6 et 7 juin, des élèves de seconde du lycée Jacques-Decour (Paris 9ᵉ) ont, entre autres, chroniqué la pièce “Le Pays innocent”, de Samuel Gallet. Un œil sur leurs très bonnes copies. Avant de critiquer sa pièce, « Pays innocent », les lycéens parisiens ont rencontré l’écrivain Samuel Gallet à deux reprises. Photo Simon Gosselin Par Tiphaine Le Roy Publié le 25 mai 2026 à 14h30 Les élèves de seconde 6 du lycée Jacques-Decour participent cette année au projet d’éducation artistique et culturelle « Lire et dire le théâtre d’aujourd’hui », imaginé par Artcena (Centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre). Après avoir présenté et débattu des textes finalistes des Grands Prix de littérature dramatique 2025, ils ont choisi, par vote, d’explorer l’univers de la pièce Le Pays innocent (éd. Espaces 34), de Samuel Gallet. Accompagnés par leur professeur de lettres modernes, Clotilde Viney, ils ont participé à des ateliers de lecture à voix haute, animés par les comédiens Jean-Frédéric Lemoues et Marceau Deschamps. Et rencontré Samuel Gallet à deux reprises, au printemps. L’auteur leur a partagé son expérience du métier d’écrivain, des enjeux de l’écriture dramatique et ses sources d’inspiration. Début mai, nos lycéens ont participé à un forum organisé au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris (CNSAD- PSL), partenaire du projet. Au fil de cette journée, des ambassadeurs et ambassadrices de la classe ont proposé une lecture d’extraits de la pièce, mené un entretien avec Samuel Gallet et pris part à une émission critique sur des œuvres étudiées dans l’année, aux côtés d’élèves des lycées Jules-Ferry et Victor-Hugo. La classe a également passé une journée à la rédaction de Télérama, au cours de laquelle ils ont été sensibilisés au métier de critique et à partir de laquelle ils ont pu se frotter à l’exercice. Avec talent, comme en témoignent les trois que nous publions ci-dessous. La critique d’Aïda Amara-Chabot La pièce débute par l’interrogatoire d’une mère. Ses réponses divaguent et se perdent dans les méandres du souvenir de l’acte inhumain qu’elle vient de commettre. La femme explique qu’elle a défenestré son enfant, convaincue de lui permettre d’accéder ainsi à un monde meilleur, sans haine ni perversion. Puis, l’enfant traverse une plaine verdoyante qui devient par la suite une forêt primitive luxuriante. S’agit-il d’un rêve ou de la réalité ? L’auteur ne tranche pas, mais c’est là que commence l’épopée du petit garçon. La structure du Pays innocent suit un ordre complexe dans lequel s’enchevêtrent des scènes d’interrogatoire violentes et réalistes à d’autres, poétiques et douces, dans une nature apaisante. Ce qui frappe dans cette pièce, ce sont les variations de registres, passant d’un vocabulaire familier et enfantin à des termes juridiques avancés. Ces nuances rendent certaines des scènes quotidiennes touchantes et intrigantes. La comédie surgit aussi parfois, rappelant l’humanité du jeune garçon qui rit à n’en plus finir malgré l’atrocité de ce qu’il a vécu. C’est cette minutie du langage, cette précision dans les variations, qui font du Pays innocent une pièce à découvrir absolument. La critique de Félix Neveu Le Pays innocent, de Samuel Gallet, est une pièce conçue de manière singulière et poétique. L’auteur fusionne l’univers du théâtre et celui des rêves. Un parti pris original, mais qui peut surprendre ou sembler difficile à suivre. L’intrigue aborde des sujets essentiels : comment préserver son innocence, garder espoir et prendre soin de notre environnement ? En suivant un enfant en quête d’un monde idéal, Gallet invite à réfléchir aux enjeux et à la violence du monde réel, tout en s’évadant dans l’imaginaire. Les personnages s’expriment par des phrases brèves et directes, laissant au lecteur le soin d’imaginer décors et atmosphère. Tout est suggéré, rien n’est imposé. L’histoire regorge de symboles, d’images puissantes qui rendent la lecture de la pièce captivante malgré l’impression que l’intrigue stagne. En effet, l’intérêt de cette œuvre réside moins dans l’avancée de celle-ci que dans une méditation sur notre mode de vie et nos relations à autrui. Le Pays innocent constitue une expérience de lecture unique ; un voyage enrichissant qui incite à la réflexion. La critique de Christele Ndifor Recalo Une mère, convaincue que l’humanité est condamnée, prépare son enfant à rejoindre un monde idéal, sans violence ni destruction. Chaque soir, elle lui raconte l’histoire du peuple des géants qui occupe ce pays. Un jour, elle jette le petit garçon, vêtu de sa tenue de spationaute, par la fenêtre. Le récit bascule alors vers ce territoire imaginaire dans lequel le jeune enfant va désormais grandir. Après la brutalité initiale, l’écriture de Samuel Gallet plonge dans un univers de douceur et de poésie, au cœur d’une nature tendre et luxuriante. Des images poétiques et des photographies sont insérées dans ce texte extraordinaire, comme des didascalies. On explore, aux côtés du petit spationaute, un monde qui foisonne de verdure. Un univers où tout renaît, à l’opposé de la réalité violente et brutale entrevue lors des interrogatoires de la mère, en ouverture de la pièce. Les dialogues s’entremêlent et entretiennent le doute : ce pays est-il réel ou s’agit-il d’un rêve ? Cette ambiguïté fait la force de l’œuvre. Elle accentue sa dimension poétique et attise la curiosité du lecteur : la mère est-elle folle ou fait-elle preuve d’une grande lucidité ? Samuel Gallet n’impose pas de réponse. Il suggère plusieurs interprétations et invite chacun à s’interroger et à lâcher prise. MOT pour Mots, festival littéraire du Monde, du Nouvel Obs et de Télérama, samedi 6 juin et dimanche 7 juin, de 9 à 19 heures, La Villette, Paris 19e. Découvrir la programmation et réserver ses places ici.Samuel Gallet sera présent pour une rencontre intitulée « Le théâtre pour penser l’avenir », dimanche, de 15 à 16 heures, à Little Villette. À lire aussi : Au festival MOT pour mots, rencontrez des auteurs et partagez notre amour des livres Théâtre Livres Télérama Mot pour Mots Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus