LETTRE DU MAGHREB. Entré dans sa dixième année d’exercice du pouvoir présidentiel, Emmanuel Macron veut faire aboutir les dossiers marocains et algériens avant la présidentielle de 2027.Gérald Darmanin à Alger, lundi 16 mai, Jean-Noël Barrot à Rabat, le 18 mai, Paris est à la manœuvre au Maghreb, avec les deux puissances régionales qui ne se parlent plus depuis des années. Cette discorde maghrébine a contraint la diplomatie tricolore et d’autres pays à des slaloms compliqués. Opter pour l’un signifie s’offrir en retour le courroux de l’autre.En ce mois de mai 2026, Paris vit une lune de miel fortement médiatisée avec la monarchie chérifienne quand un rabibochage avec Alger est à l’œuvre, sans médiateur. À moins d’un an du second tour de l’élection présidentielle française, avec des sondages plaçant le RN comme favori, le président Macron entend parachever et solidifier les rapports de la France avec l’Afrique du Nord.Lorsqu’il est élu en 2017, le jeune président a la ferme ambition de clore les contentieux entre Alger et Paris. Il jette son âge et son ardeur pour convaincre les dirigeants algériens. La colonisation ne fait pas partie de son histoire personnelle à l’inverse de ses prédécesseurs — de Jacques Chirac qui y avait fait son service militaire à François Mitterrand, ministre de l’intérieur puis ministre de la justice sous la présidence de René Coty.Redéclencher une dynamique positive avec AlgerNotre hussard jeté sur le toit maghrébin accomplira une visite officielle mémorable à Alger, en 2017, réunissant le président Bouteflika, mis K.-O. par un AVC, et les véritables dirigeants du pays (dont le chef d’état-major des armées), afin qu’il n’y ait pas d’interférences dans la compréhension de la démarche française. Une succession d’épisodes torpillera le projet.Après la libération de l’écrivain Boualem Sansal, celle du journaliste Christophe Gleizes est espérée. Une grâce présidentielle pour l’Aïd permettrait à la relation bilatérale de repartir sur des bases « pacifiées ».Alors qu’une partie de la presse algérienne, relais du pouvoir, évoque l’hypothèse croissante d’une arrivée de l’extrême droite à l’Élysée, les deux capitales renouent : trois ministres français (Laurent Nuñez, Alice Rufo, Gérald Darmanin) ont fait le voyage en quelques semaines. Antiterrorisme, lutte contre le djihadisme au Sahel, économie (Patrick Martin, patron du Medef, était à Alger il y a peu), immigration, narcotrafics, OQTF, diaspora… les sujets sont légion. « C’est ni avec toi ni sans toi le minimum requis entre les deux nations », explique un coutumier du dossier.Les moteurs de la relation franco-marocaine à plein régimeFin juillet 2024, une lettre signée Emmanuel Macron engageait la reconnaissance de la marocanité du Sahara occidental par la France. Une décision forte qui mettait fin à une fâcherie entre les deux pays tout en créant un énième coup de grisou avec Alger. En octobre de la même année, Emmanuel Macron, flanqué d’une délégation officielle de plus de cent personnes, actait l’engagement. Le Quai d’Orsay publiait sur son site la nouvelle carte du Maroc, y englobant le Sahara occidental.Cette semaine, depuis Rabat, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé une future visite d’État du roi du Maroc en France (avec discours devant les Parlements) ainsi qu’un projet d’accord bilatéral entre les deux pays, une façon de graver les liens dans un marbre qu’il sera difficile de défaire.2027 charrie le risque d’un affrontement politique des extrêmes, obligeant Emmanuel Macron à verrouiller un certain nombre de dossiers (nominations, avancées européennes, Ukraine) afin qu’un demi-tour sur des sujets clés soit difficile à torpiller. L’idée forte : une continuité de la parole de la France sur des dossiers internationaux cruciaux. Le Maghreb en fait partie : les diasporas de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie sont les plus importantes en France.
Macron et le Maghreb : opération reconquête
LETTRE DU MAGHREB. Entré dans sa dixième année d’exercice du pouvoir présidentiel, Emmanuel Macron veut faire aboutir les dossiers marocains et algériens avant la présidentielle de 2027.








