Le président américain s’apprêterait à s’entendre avec Téhéran sur une réouverture du détroit d’Ormuz sans garantie aucune sur le dossier du nucléaire iranien.Le « pire accord de l’histoire » offrant à l’Iran « 150 milliards de dollars plus 1,8 milliard de dollars en cash ». C’est ainsi que Donald Trump décrivait l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) conclu en 2015 par Barack Obama avec la République islamique, furieux que le texte ne traite pas du programme balistique de Téhéran et de son influence régionale. Vent debout contre l’héritage de l’ancien président démocrate, et sur les conseils de son ami Benyamin Netanyahou, le milliardaire républicain s’était unilatéralement retiré du JCPOA en 2018, prononçant contre l’Iran plus de 1 500 sanctions américaines au nom de la « pression maximale » contre la République islamique pour contraindre Téhéran à capituler.Onze ans plus tard, le pensionnaire de la Maison-Blanche est en passe de signer à son tour un accord avec l’Iran. Samedi, Donald Trump a annoncé en grande pompe sur sa plateforme Truth Social qu’un protocole d’accord avait été « largement négocié » entre les États-Unis et la République islamique, sous réserve de finalisation avec les pays de la région. Or, de nucléaire iranien, de programme balistique ou de rôle régional de l’Iran, il n’est pour l’heure pas question.De sources concordantes, le compromis ne prévoirait à ce stade qu’une réouverture progressive du détroit d’Ormuz, bloqué par les Gardiens de la Révolution depuis le 2 mars dernier, en échange d’une levée du blocus américain sur les ports iraniens. En outre, les États-Unis consentiraient à relâcher quinze milliards d’actifs iraniens bloqués dans des pays étrangers, permettant l’ouverture pour trente jours d’une nouvelle période de négociations renouvelable entre les deux pays ennemis.Ce n’est que dans un second temps que la question du nucléaire, notamment le sort du stock de 441 kilogrammes d’uranium hautement enrichi (à 60 %) toujours en Iran, serait évoquée dans le cadre d’un accord définitif. « L’accord américano-iranien décrit dans les actualités est un accord faible, et le résultat net de cette guerre est un préjudice considérable pour les intérêts stratégiques des États-Unis, a réagi sur X Daniel Shapiro, ancien haut diplomate des administrations Obama et Biden spécialisé sur le Moyen-Orient. Cela dit, puisque cette guerre a été une erreur dès le départ, nous pouvons au moins nous réjouir que le président Trump semble, bien que tardivement, agir pour y mettre fin. »Intérêt stratégique des États-UnisLe 27 février dernier, à la veille du lancement de l’opération américaine « Epic Fury » contre l’Iran, le président des États-Unis était déterminé à empêcher que la République islamique ne se dote de la bombe atomique. Autrement dit, il souhaitait que Téhéran démantèle la totalité de ses capacités d’enrichissement d’uranium, ses stocks de combustible enrichi ainsi que ses centrales nucléaires. Toutefois, à l’issue de la guerre des douze jours de juin 2025, la capacité iranienne de fabriquer une bombe atomique avait été retardée d’au moins neuf à douze mois, et l’Iran n’avait pas repris ses activités d’enrichissement d’uranium, selon les évaluations du renseignement américain. Seul le sort du stock d’uranium hautement enrichi, toujours enfoui sous les débris du centre de recherche nucléaire d’Ispahan et de la centrale de Fordo, constituait un motif d’inquiétude. En lançant une guerre contre l’Iran, Donald Trump était persuadé qu’il pourrait obtenir par la force ce qu’il n’avait pas réussi à arracher dans les négociations diplomatiques avec les Iraniens. D’autant plus qu’il apparaît que le président américain s’est laissé séduire par l’idée d’une guerre éclair et décisive vendue par Benyamin Netanyahou. Selon les indiscrétions du New York Times, le Premier ministre israélien a réussi à convaincre Donald Trump lors d’une visite le 11 février à la Maison-Blanche qu’une opération militaire conjointe impliquant la décapitation de l’appareil politique et militaire de la République islamique, une offensive armée de la rébellion kurde iranienne depuis l’Irak et des manifestations populaires d’ampleur pourrait conduire au renversement du régime iranien, permettant de régler une bonne fois pour toutes les questions nucléaires, balistiques et régionales liées à l’Iran.Or, si la première phase du plan israélien s’est déroulée comme prévu, aboutissant à l’élimination du guide suprême, Ali Khamenei, et de l’ensemble du commandement des Gardiens de la Révolution, les deux autres ont été avortées, notamment après l’intervention du président turc Recep Tayyip Erdogan, inquiet à l’idée de la création d’une zone autonome kurde en Iran, qui a fini de convaincre Donald Trump et son administration du caractère extrêmement aléatoire d’une telle offensive. Esseulée, la population iranienne s’est retrouvée prise entre le marteau des bombes américano-israéliennes et l’enclume de la répression du régime.Or, entre-temps, le président américain a dû faire face à une autre crise. En réponse au lancement de la guerre américano-israélienne contre l’Iran, la République islamique a mis, pour la première fois de son histoire, ses menaces de bloquer le détroit d’Ormuz à exécution. La paralysie de cet étroit corridor maritime, par lequel transite 20 % du commerce mondial de pétrole, a fait exploser les cours du brut et heurté l’économie mondiale, faisant bondir le prix de l’essence et des transports et offrant à l’Iran un levier de pression inespéré sur les États-Unis. Dès lors, la réouverture de cet axe stratégique est devenue une priorité pour le président américain, supplantant la menace liée au nucléaire iranien.C’était probablement le choix le moins mauvais.Danny Citrinowicz, ancien chef du bureau Iran du renseignement militaire israélienDonald Trump s’est trouvé pris au piège, ses menaces de reprise des bombardements aériens n’ayant que peu de prise sur la détermination iranienne. Dès lors, le commandant en chef des forces armées américaines a voulu relancer les négociations.« L’accord est profondément défaillant. Il risque de créer de sérieux coûts stratégiques pour toute confrontation future avec l’Iran. Mais compte tenu des options dont disposait réellement le président Trump, c’était probablement le choix le moins mauvais », estime sur X Danny Citrinowicz, ancien chef du bureau Iran du renseignement militaire israélien. « Un blocus naval n’aurait pas forcé l’Iran à se rendre. Revenir à la guerre aurait causé des dommages économiques massifs, sans garantie de capitulation iranienne. Au final, Trump a été contraint d’accepter les conditions de l’Iran parce que les alternatives étaient encore pires. »Le mois dernier, dénonçant l’impasse dans laquelle étaient plongés les États-Unis en Iran, l’ancien président démocrate Barack Obama rappelait le succès que constituait selon lui l’accord sur le nucléaire iranien de 2015. « Non seulement je pensais que cela fonctionnait, mais même les renseignements israéliens pensaient que cela fonctionnait », soulignait-il auprès de la chaîne de télévision CBS. Interrogé sur les féroces critiques exprimées à l’époque par Donald Trump, l’ancien pensionnaire de la Maison-Blanche a répondu, non sans malice : « On ne sait pas vraiment s’il ne croyait pas que ça ne marchait pas. Il a juste déclaré que ça ne marchait pas. Parce que c’est moi qui l’avais signé. »
Iran : Donald Trump prêt à lâcher le nucléaire pour rouvrir Ormuz
Le président américain s’apprêterait à s’entendre avec Téhéran sur une réouverture du détroit d’Ormuz sans garantie aucune sur le dossier du nucléaire iranien.











