Cinq personnes ont été mises en examen, soupçonnées d’avoir participé à l’importation en France de cannabis depuis les États-Unis. Parmi eux, l’escroc de haut vol « PA7 ».C’est une filière qui prend de l’ampleur. Celle de l’importation, dans l’Hexagone et plus largement en Europe, de cannabis en provenance de pays où la consommation de cette drogue a été légalisée. Après le Canada, c’est désormais de Californie que des individus ont fait venir le cannabis, par fret aérien avec un mode opératoire bien spécifique. Sous l’égide de la Jirs (Juridiction interrégionale spécialisée) de Paris, les gendarmes de la Section de recherche de Versailles et les policiers de l’Office antistupéfiants ont notamment détecté 30 kg dissimulés dans une console de jeu d’arcade, une autre cargaison cachée dans une expédition de meubles en kit ou encore dans des appareils de fitness. Les malfaiteurs usurpaient le nom d’une société tout à fait légale - à l’insu de cette dernière - et faisaient une commande correspondant à l’activité de l’entreprise. Après avoir atterri en région parisienne, la cargaison était livrée sur le quai de déchargement ou à l’adresse de l’entreprise où un des suspects venait réceptionner le tout avant de l’emporter sur un autre site pour y récupérer le cannabis et le conditionner puis l’insérer dans le trafic local. Un réseau qui ne se limitait pas à la France puisque des colis similaires ont également été saisis au Luxembourg, en Allemagne et en Suisse. 430 kg de cette drogue ont été saisis par les autorités dans quatre envois. Au total, les enquêteurs estiment que la fine équipe a pu être à l’origine de 21 expéditions de ce genre depuis juin 2025. « Cela illustre les nouvelles routes de la drogue, explique au Point le Colonel Denis Hebinger, commandant de la SR de Versailles. C’est un réseau d’ampleur utilisant la pratique du ”colis pollué”, qui permet de dissimuler de la drogue dans des cargaisons légales. » « Ce n’était pas une organisation à échelle artisanale, indique de son côté une source proche du dossier. Les suspects trompaient des entreprises internationales. Quand ils ont compris que des colis avaient été interceptés en région parisienne, les mis en cause ont envoyé dans les pays frontaliers avec le même stratagème. »« PA7 » de retour devant la justiceParmi les cinq personnes mises en examen cette semaine notamment pour importation de stupéfiants en bande organisée figurent deux individus connus pour infractions de haut niveau. Et notamment le fameux « PA7 », l’influenceur condamné pour escroquerie en bande organisée et blanchiment aggravé, après avoir incité ses abonnés à monter de fausses entreprises pour toucher des aides de l’État. Selon nos informations, il s’était établi en Californie, d’où il est soupçonné d’avoir fait partir le cannabis en direction de Paris. Un autre mis en cause était également connu de la justice, condamné à 4 ans et 6 mois de prison pour contrebande en bande organisée et blanchiment aggravé. Quatre des mis en examen ont été placés en détention provisoire le temps de la poursuite des investigations. En perquisition, les enquêteurs ont saisi une dizaine de milliers d’euros en espèces ainsi que des biens de luxe. « Les investigations ont permis de constater que certains [des suspects] effectuaient des dépenses sans proportion avec leurs revenus déclarés, souligne le Parquet de Paris. Ils se voient reprocher leur implication dans la logistique de ces importations. »Pour le colonel Hebinger, cette affaire illustre les répercussions néfastes de la légalisation du cannabis dans certains pays. « La production est contrôlée, la vente se fait sans taxes et quand il y a de la surproduction qui n’est pas absorbée par la consommation du pays, la tentation est grande de vendre le cannabis plus cher sur le marché illicite international. » Une mécanique sur laquelle alertait l’Ofast au mois d’octobre dernier, dans un rapport confidentiel révélé par le Point. Les analystes y indiquaient que le cannabis, en vente légale dans 24 États américains, est très prisé des Français pour sa forte concentration en THC. La production américaine est estimée à 38,5 milliards de dollars pour 2024, l’année où une demi-tonne de cette drogue a été saisie dans l’Hexagone en provenance des terres de l’Oncle Sam.Huit ans après la légalisation de la consommation de cannabis au Canada, le rapport pointait du doigt un marché domestique saturé par une production trop abondante : « Des groupes criminels canadiens ont détourné la réglementation pour créer des plantations certifiées qui produisent bien au-delà du seuil autorisé. » Une dynamique à laquelle s’ajoute une offre illégale qui n’a pas disparu, portée par des prix plus bas et, là aussi, une teneur en THC plus élevée. Le Canada a d’abord tenté d’exporter cette drogue vers les États-Unis avant de se tourner vers l’Europe. En juin 2025, 3,7 tonnes de cannabis ont été saisies dans un conteneur sur le port d’Anvers, en Belgique. L’an dernier, une cargaison de cannabis canadien a également été interceptée pour la première fois à Roissy, là encore dans du fret aérien. Les enquêteurs estimaient alors à 3 tonnes les volumes que le réseau avait pu écouler.