Cet article vous est offert Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous Se connecter Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ? Inscrivez-vous gratuitement Débats Débats Débats Sport Sport Sport Dans un entretien au « Monde », le professeur d’économie analyse cette compétition entre athlètes dopés prévue pour le 24 mai à Las Vegas (Etats-Unis). Défendant une logique de marché sans contrôle, ces Jeux inédits dans l’histoire du sport font entrer dans une logique d’affrontement, hors du cadre démocratique. Article réservé aux abonnés A Las Vegas (Nevada, Etats-Unis), le 24 mai, auront lieu les Enhanced Games, que les instances sportives internationales et l’Agence mondiale antidopage qualifient de « Jeux des dopés ». Financée par plusieurs personnalités de la galaxie MAGA (Make America Great Again), comme Peter Thiel et Donald Trump Jr, cette compétition autorise et encourage l’usage de produits dopants, sous surveillance médicale. Nageurs, sprinteurs, haltérophiles, une quarantaine d’athlètes d’élite y participent. L’objectif affiché ? Repousser les limites du corps humain. En récompense, 250 000 dollars (215 000 euros) pour une victoire, 1 million de dollars pour un record battu. Enseignant-chercheur à l’université Grenoble-Alpes, l’économiste Guillaume Vallet est spécialiste de la sociologie du sport et pratique le bodybuilding. Il est l’auteur notamment de La Fabrique du muscle (L’Echappée, 2022), un essai socio-économique sur la quête du corps parfait. Quel regard portez-vous sur cet événement inédit que sont les Enhanced Games ? Inspiré de la doctrine de l’économiste Friedrich Hayek (1899-1992), ce projet libertarien pousse à l’extrême la conception des libertés individuelles dans une logique de marché sans contrôle ni régulation. Il vise à concurrencer le monopole des fédérations sportives établies, mais aussi à entretenir une logique d’élimination des plus faibles et de valorisation des plus forts par la compétition – c’est une forme de « darwinisme social ». Autrement dit, pas de monopole économique sur les compétitions sportives, et que les meilleurs gagnent… Cette propriété privée que représente le corps du sportif, on peut l’exploiter comme un capital et l’insérer dans un monde en compétition. Explicitement transhumanistes, ces « Jeux augmentés » encouragent ainsi le dépassement des limites humaines. Ils illustrent ce que j’appelle le « capitalisme des vulnérabilités » : le corps serait un capital, une ressource dont on peut maximiser les qualités et gommer les défauts pour atteindre l’humain parfait, qui résiste à tout. Il vous reste 66.45% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.