Le rideau est tombé jeudi 21 mai sur l’émission emblématique de l’humoriste américain, après 33 ans d’antenne. Une dernière soirée qui a misé sur le divertissement et la nostalgie, en laissant planer les inquiétudes de la censure politique sur CBS… Stephen Colbert lors de sa dernière émission, le 21 mai 2026. Photo Ferrari Press Agency/Starface Par Eva Martin Publié le 22 mai 2026 à 17h46 Jeudi 21 mai, parmi les gradins du Théâtre Ed Sullivan, dans le cœur battant de Manhattan, l’ambiance était chargée en émotions. Stephen Colbert, icône de late night shows, a tiré sa révérence, marquant ainsi la fin d’une émission vieille de 33 ans qu’il anime depuis 2015. Le programme chéri des couche-tard a été débranché après un dernier feu d’artifice, où le gratin du show-business américain — Ryan Reynolds, Bryan Cranston, Paul Rudd et bien d’autres — est venu saluer l’humour de l’animateur pince-sans-rire, maître déchu de la satire politique. La recette de l’émission a suivi les étapes habituelles (un monologue, une revue de presse moqueuse, un entretien et un concert), avec une triple dose de stars en bonus. Mais, ce soir-là, Stephen Colbert affichait un visage particulièrement reconnaissant. Pour remercier ses équipes en coulisses, les musiciens qui l’accompagnent sur scène, son auditoire et ses invités, le comédien a refusé que les raisons de son départ éclipsent le travail réalisé pendant tant d’années. « Je n’ai pas vraiment envie d’en parler pour notre dernière soirée », a-t-il balayé. Parce que si l’animateur vedette quitte son fauteuil, c’est bien à contrecœur. En juillet dernier, CBS avait annoncé la fin du programme, officiellement pour des raisons économiques : l’audience en linéaire plongeait et les coûts de production restaient faramineux. Mais le contexte de cette décision a soulevé de nombreuses suspicions. Paramount, la société mère de la chaîne, attendait au même moment le feu vert du gouvernement pour une fusion à plus de 8 milliards de dollars avec Skydance Media. Pour éviter tout contentieux avec le président Trump (mission difficile pour tout média américain qui ne fait pas sa promotion), Paramount lui a versé 16 millions de dollars afin d’enterrer une poursuite en justice — dont les fondements juridiques étaient pourtant peu solides. « Un gros pot-de-vin », avait résumé Stephen Colbert, quelques jours avant que CBS annonce mettre fin à son émission. À lire aussi : La chaîne américaine CBS est-elle tombée définitivement sous la coupe de Trump ? Pendant le dernier épisode, un drôle de sketch a été mis en scène. Jimmy Kimmel, Jimmy Fallon, John Oliver, Seth Meyers… tous les membres du boys club de l’humour américain ont surgi aux côtés de leur camarade Colbert. Face à eux, un vortex semble alors s’ouvrir (via des effets spéciaux un peu cheap), menaçant de tous les engloutir — allégorie du sombre destin de l’humour politique dans une démocratie américaine abîmée. « À un moment donné, cela pourrait bien s’abattre sur toutes nos émissions », a ironisé John Oliver, présentateur anglais installé aux États-Unis. Le nom de Trump, habituellement source inépuisable de gags et moqueries, n’a pas été mentionné une seule fois par le présentateur de CBS. Paul McCartney, à côté de Stephen Colbert, éteint la lumière du studio. The end. Photo Ferrari Press Agency/Starface L’inquiétude était sous-jacente, mais priorité a été donnée au divertissement. Le mystère sur l’identité du dernier invité spécial a été savamment entretenu. Après avoir fait mousser l’hypothèse du pape Léon XIV, c’est finalement une autre figure sacrée qui a répondu à l’invitation : le légendaire Paul McCartney. Un choix intimement lié à l’histoire du lieu, car les Beatles ont fait leurs débuts américains dans ce même théâtre en 1964. C’est donc sur la mélodie de Hello, Goodbye que les collaborateurs de l’émission ont déboulé sur le plateau pour faire leurs adieux aux téléspectateurs. Puis Stephen Colbert a, au côté de Paul McCartney, éteint la lumière du studio. L’enseigne lumineuse du théâtre a cessé de briller et, dans un dernier montage loufoque, le bâtiment abritant le studio du late show a fini miniaturisé dans une boule à neige. Comme le doux souvenir d’un temps révolu. À lire aussi : Aux États-Unis, les stars des late shows en première ligne contre Donald Trump Télévision Censure Politique États-Unis CBS Late shows Télévision américaine Donald Trump Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus