C’est un bruit sourd qui a réveillé Tyurz Lislet, un jeune habitant de Oissel, près de Rouen (Seine-Maritime), dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 mai, peu avant deux heures du matin. Depuis la fenêtre de son appartement, il découvre les premières flammes qui s’attaquent à un pavillon situé en bas de chez lui. Tout de suite, il alerte les pompiers. « Mais ma femme me dit qu’il y a des personnes âgées qui y vivent et que je dois aller voir. » Le temps d’enfiler ses baskets et d’appeler deux de ses proches amis, ce papa de trois enfants descend quatre à quatre son escalier.Arrivé dans la rue Alsace-Lorraine, il est surpris par la violence de l’incendie qui provient d’un camping-car et d’une petite voiture en feu sous un porche. « La chaleur était très forte. Il fallait se reculer sur le trottoir d’en face pour la supporter. » Sur place, Niels Perillat et son autre ami sont déjà là. « On ne savait pas comment agir, mais on a tout de suite compris qu’il fallait faire quelque chose », se remémore le premier de retour devant le lieu de l’incendie.« Sans eux nous serions en train de pleurer nos parents »Le portail étant cadenassé et pas simple à escalader, le second décide d’utiliser l’arrière de sa voiture pour l’enfoncer. À cet instant, le brasier se concentre sur la gauche de l’habitation. « On a frappé aux portes, aux fenêtres mais les volets étaient fermés », continue Niels Perrillat.À l’intérieur, Bernard et Marcelle Paumier, respectivement 90 et 87 ans, sont réveillés par le raffut. Mais ne se doutent pas encore que leur vie est menacée. Eux habitent là depuis 1958, dans ce quartier populaire où les nuits sont parfois agitées. « On a décidé de casser le volet et de briser la vitre avec un extincteur que nous avions ramené au cas où », poursuit Tyurz Lislet, presque surpris d’avoir pris de tels risques, sans hésiter.« On était en pilotage automatique. On se disait que c’était impossible d’être de simples spectateurs. Au final, cela aurait été de la non-assistance à personne en danger. » Une fois à l’intérieur, gênés par la fumée, les trois jeunes tombent nez à nez avec Bernard, un peu désorienté et l’évacuent avec sa femme, peu de temps avant l’arrivée des pompiers. « Le temps qu’ils déroulent leurs lances, il y a eu un gros boum. C’était la petite bouteille de gaz du camping-car qui explosait », se souvient Tyurz Lislet.Dans l’action, son copain Niels ne s’est pas rendu compte qu’il venait de s’ouvrir le pouce avec le verre de la fenêtre. L’impressionnant bandage qu’il porte aujourd’hui, recouvrant de nombreux points de suture, témoigne de l’importance de la blessure. Résultat : malgré les spectaculaires dégâts, le couple de retraités va bien, même s’ils sont encore secoués. Leur fils Pascal et sa sœur se démènent pour qu’ils puissent réintégrer au plus vite la partie du pavillon épargnée par les flammes.« Il n’y a pas de mots pour exprimer notre reconnaissance pour le dévouement de ces trois jeunes envers mes parents, assure-t-il. Sans eux, aujourd’hui, nous les pleurerions. » Son post sur Facebook pour les remercier a compilé la bagatelle de plus d’1,5 million de vues, des milliers de partages et des centaines de messages. « C’est sûr que depuis cette nuit-là, dans le quartier, pas mal de gens nous félicitent, sourit Tyurz. Mais, on n’a pas l’impression d’avoir fait quelque chose d’extraordinaire. »Ce n’est visiblement pas l’avis de la mairie de Oissel qui a décidé d’organiser vendredi prochain une cérémonie pour honorer les trois héros. Quant à Pascal il tient à souligner que Tyurz et Niels sont à la recherche d’un emploi. « Des gars d’un tel courage, ça devrait intéresser pas mal d’employeurs ». Le message est lancé.