L’ex Premier ministre a officialisé ce vendredi sa candidature à l’élection présidentielle depuis l’Aveyron. Une carte postale en rupture avec son CV très parisien et le début d’une opération médiatique destinée à éclipser Édouard Philippe.Il est, en politique, des secrets de polichinelle. Parmi eux, la candidature de Gabriel Attal à l’élection présidentielle figurait ces derniers temps en bonne place. Depuis la publication en avril de son livre En homme libre et son entretien au Point dans lequel il déclarait penser « savoir comment présider », la détermination de l’ancien locataire de Matignon à se lancer dans la course à l’Élysée et, au passage à perturber les plans d’Édouard Philippe, ne faisait plus aucun doute. Le trentenaire s’est depuis des mois employé à soigner son costume de présidentiable et à installer l’évidence de sa participation à la compétition pour la magistrature suprême.Seulement, aussi attendue qu’elle soit, toute déclaration de candidature constitue un passage obligé que les candidats peaufinent parfois pendant des semaines. Une sorte de rite initiatique qui peut aussi bien propulser les impétrants dans une nouvelle dimension qu’être aussitôt oublié. À droite, Édouard Philippe avait décidé de crever l’abcès très tôt, dès septembre 2024, à l’occasion d’une interview dans nos colonnes. Quant à Bruno Retailleau, il avait opté en février pour une allocution depuis un studio vidéo… qui n’est pas franchement restée dans les mémoires.Au contact de la « France éternelle »Gabriel Attal a, lui, décidé de se jeter à l’eau ce vendredi 22 mai. « C’est parce que j’aime profondément la France et les Français que j’ai décidé d’être candidat à la présidence de la République », a déclaré le trentenaire, interrogé par Pierre Ignace, le maire Renaissance de Mur-de-Barrez (Aveyron), à l’issue d’un débat « citoyen » dans cette commune aveyronnaise de 700 habitants. Une carte postale léchée, devant les façades anciennes de la place du village (et une nuée de caméras de télévision mobilisées pour l’occasion…), avant un roboratif aligot-saucisse, qui ne doit rien au hasard.Plutôt qu’un entretien formel dans un journal télévisé ou un format innovant sur les réseaux sociaux, l’équipe du candidat revendique un déplacement « au contact des gens », au milieu de la « France éternelle ». Parmi les sources d’inspiration évoquées par son entourage : la déclaration de Jacques Chirac en 2002 lors d’une visite de terrain à Avignon.La séquence a aussi vocation à faire écho à l’un des premiers coups d’éclat de Gabriel Attal à Matignon, cette journée du 26 janvier 2024, où il avait filé éteindre l’incendie agricole sur l’un des piquets de grève de l’autoroute A64. Une ambiance bottes de foin, vin rouge et charcuterie qui avait marqué la reprise en main par le gouvernement d’une situation explosive. Au grand dam de l’Élysée qui s’était senti éclipsé par ce jeune Premier ministre volontiers en quête de lumière…Une déclaration à contre-emploiMais difficile surtout, de ne pas percevoir dans l’exercice aveyronnais une tentative appuyée de « déparisianiser » l’image de cet enfant des beaux quartiers de Paris, ancien élève de l’école Alsacienne, diplômé de Sciences Po et élu des Hauts-de-Seine. Voilà Gabriel Attal le Germanopratin se lancer dans le grand bain présidentiel à plus de 600 kilomètres de la capitale. « J’aime passionnément la France, son histoire, sa culture, son agriculture, ses paysages, son génie, a lancé Gabriel Attal, costume crave et micro à la main. Dans cette commune comme partout en France je me dis qu’on a décidément le plus beau pays du monde. »Une déclaration de candidature à contre-emploi ? « Attal, ce qui le caractérise, c’est la fascination pour tout ce qui paraît un peu moderne, “hype”, comme la “tech” ou la GPA, s’amuse un député de gauche qui le connaît bien. [Cette déclaration], c’est pour l’ancrer, alors qu’il ne l’est pas. » Au risque de réactiver les critiques en hyper-communication qui visent régulièrement cet ambitieux à l’ascension éclair.« Il est un candidat du marketing », griffe un ancien Premier ministre de droite. Procès injuste, répond son entourage : « Lui-même dit qu’il est parisien, il ne va pas raconter des bobards aux gens ! Pour autant on peut être parisien et comprendre les problèmes des agriculteurs et des Français qui vivent en milieu rural. »Le contre-pied d’Édouard PhilippeSans surprises, la temporalité de cette annonce n’est pas non plus le produit de la providence. À l’heure où Édouard Philippe, jouant le surplomb, limite au compte-goutte ses interventions, Gabriel Attal le challenger veut profiter de la période qui s’ouvre d’ici l’été pour saturer la bande-son politique. Une stratégie de bombardement médiatique que Nicolas Sarkozy, dont il s’est rapproché, l’encourage à enfourcher au galop. « Gabriel va prendre des risques, promet un attaliste. À partir du moment où la machine va être enclenchée, ça va être pied au plancher et on ne va pas arrêter ! C’est la stratégie inverse de Philippe. » Et le même de tacler : « Que veut-on pour 2027 ? Un anesthésiste ou un réanimateur ? » Âmes sensibles, s’abstenir.Dans les prochains jours, le natif de Clamart (Hauts-de-Seine), qui veut faire renouer la France « avec la promesse de l’élévation individuelle » devrait égrener quelques propositions, avant de tenir un grand meeting le 30 mai au parc des Expositions à Paris. Un premier véritable test, dont les visages présents seront particulièrement scrutés, quelques semaines après le départ d’Élisabeth Borne de la direction de Renaissance, sur fond de désaccords stratégiques. Le candidat a dévoilé son site de campagne dans la foulée de sa déclaration.S’il n’a pas encore finalisé son organigramme de campagne, Gabriel Attal structure son équipe rapprochée. Son fidèle lieutenant Maxime Cordier est appelé à jouer un rôle charnière. L’inspecteur des finances Benjamin Huin-Morales, maire de Zimmerbach, planche sur la partie programmatique. « Attal est celui qui en a le plus envie, juge-t-on à l’Élysée. Il a un entourage très organisé. » Le pactole accumulé depuis la vente du siège de Renaissance l’an dernier peut lui permettre de durer longtemps dans la campagne… Et même jusqu’au bout. « Il faut un vrai temps d’affirmation pour laisser un choix aux Français entre des lignes différentes tout au long de l’année 2026, jusqu’au début de 2027 », confiait-il au Point mi-avril. Le grand rassemblement du bloc central n’est pas pour tout de suite.