EN COMPÉTITION - Avec son héros, artiste queer frappé par la maladie dans le New York des années 1980, Ira Sachs écrit une nouvelle page singulière de la reconstitution de la tragédie du sida. Rami Malek trouve l’un des rôles de sa vie devant la caméra d’Ira Sachs Photo Jac Martinez/Big Creek/Assemble Media/Merino Films/SBS Productions Par Louis Guichard Publié le 21 mai 2026 à 06h30 Rien d’explicite, aucun point sur les i dans ce retour aux années d’ignorance, d’aveuglement et d’hébétude horrifiée face au sida - la deuxième partie des années 1980. Le héros, Jimmy, n’a pas fini sa trentaine, mais son corps, ses gestes, sa démarche expriment un inextricable mélange de jeunesse et de mort, formant une sorte d’aura autour de lui. Le film commence à un stade très avancé de la maladie, qui, sans doute, ronge déjà son cerveau, en plus de son esprit. Savoir confusément que cet homme va mourir à brève échéance, sans parvenir à le concevoir, entraîne chez les autres, autour de lui, des attitudes et comportements extrêmes, dévotion et désirs compris. Il ne s’agit pas pour Ira Sachs de refaire Philadelphia, ni même 120 battements par minute. Ces films pionniers (et d’autres), ancrés dans les mémoires, permettent au réalisateur américain indépendant de cultiver son approche singulière, épurée (Maurice Pialat est l’un de ses modèles), de se concentrer sur la chorégraphie fragile d’une fin de vie scandaleusement précoce. Tout est musical, dansant et funambule, dans The Man I Love, titre emprunté à un irrésistible standard de jazz. Jimmy est un artiste queer, underground, un acteur chanteur qui aime les divas et les imiter. Il était lui-même une petite star dans son milieu, avant ses hospitalisations. Ses ami(e)s gravitent dans cette même galaxie, sauf, peut-être, son compagnon. Lequel, bouleversant d’abnégation, semble avoir élevé son statut d’aidant fidèle au rang de sacerdoce. À lire aussi : Ira Sachs, en compétition à Cannes avec “The Man I Love” : un réalisateur indépendant nourri de cinéma français Personnage mutique à ce stade imprévu de son existence, viscéralement porté à l’expression corporelle, assumant avec panache sa part de féminité, Jimmy évoque aussi une force de la nature que la mort au travail, en lui, pousserait violemment vers la vie. Il voudrait jouer et chanter encore, sortir. Aimer. Un nouveau voisin dans son immeuble, lui offre cette chance précaire, dans une forme de mysticisme charnel - et dans l’obscurité d’alors quant aux modes de transmission du virus. Et lorsque Jimmy parle, il n’y a plus de place que pour des vérités, brutes, dérangeantes. Le message d’adieu informel aux parents, filmé par le neveu, est ainsi bourré d’aveux inconvenants, irrecevables. Sur fond de déni compréhensible, les moments captés par Ira Sachs sont tous des (re) commencements, qui deviennent aussitôt des fins, des dernières fois. Arrivé à New York à la fin des années 1980, le cinéaste a connu ce monde artistique minoritaire et avant-gardiste, décimé peu à peu par le sida. Il lui rend un hommage modeste et habité avec ce film requiem. Parmi une troupe d’une grande justesse (dont Rebecca Hall et Tom Sturridge), Rami Malek trouve l’un des rôles de sa vie, accomplissant une performance à la fois totale, engageant physiquement son être, et subtilement stylisée, préservant jusqu’au bout la part de mystère du condamné à mort. En compétition r The Man I Love, d’Ira Sachs (États-Unis / France, 1h35). Avec Rami Malek, Rebecca Hall, Tom Sturridge. Date de sortie à venir.
Cannes 2026 : Rami Malek bouleverse en malade condamné qui veut vivre, dans “The Man I Love”
EN COMPÉTITION - Avec son héros, artiste queer frappé par la maladie dans le New York des années 1980, Ira Sachs écrit une nouvelle page singulière de la reconstitution de la tragédie du sida.










