Pour la septième année consécutive, la France trône au sommet du baromètre EY de l’attractivité en Europe. Mais les signaux négatifs se multiplient.Cocorico ! Pour la septième année consécutive, la France conserve son rang de première destination européenne des investissements étrangers, selon le Baromètre EY de l’attractivité, rendu public ce mercredi 20 mai, à dix jours de l’ouverture de Choose France. Avec 852 projets recensés en 2025, l’Hexagone devance ses voisins britanniques (730) et allemands (548). Sur le papier, la performance paraît flatteuse, et Emmanuel Macron pourra toujours s’en vanter au moment de remettre les clés de l’Élysée.Profondeur du marché français, qualité des infrastructures, talents, capacité d’innovation et électricité décarbonée sont autant d’atouts que notre pays réussit à faire valoir. Nous avons également performé dans le secteur de l’intelligence artificielle, ce qui n’est pas anodin. Mais derrière ce leadership flatteur, un autre tableau lorsqu’on plonge dans le détail de ce rapport. La France est encore en tête… mais pour combien de temps ?Le nombre de projets annoncés a reculé de 17 % sur un an, davantage que chez nos principaux concurrents (-14 % au Royaume-Uni et -10 % en Allemagne). Les implantations et extensions d’usines diminuent de 15 %, ceux des centres de R & D s’effondrent de 47 % et plusieurs secteurs historiques (automobile, chimie, métallurgie ou plasturgie) sont en total décrochage. Certes, près de 28 000 emplois ont encore été générés par les IDE en 2025, soit une baisse limitée à 4 %, bien moindre que la moyenne européenne. Mais moins de 5 % des projets concentrent à eux seuls la moitié des créations d’emplois, essentiellement dans la logistique.Deux investissements par jourCette dégringolade est bien sûr à remettre dans son contexte. La conjoncture est partout difficile. Entre les tensions géopolitiques, les incertitudes commerciales et le ralentissement économique, les investissements internationaux sont en chute aux quatre coins du monde.« 2025 a été une année particulièrement difficile pour l’ensemble du monde, peut-être la plus difficile depuis que le baromètre existe, avec une baisse des nouveaux investissements greenfield (c’est-à-dire que de nouvelles unités de production sont construites, il ne s’agit pas simplement de rachat, NDLR) de 16 %… Cette première place française, avec en moyenne plus de deux investissements par jour, est donc une véritable réussite », constate Marc Lhermitte, associé EY en charge du baromètre.Les crises des secteurs de l’automobile et de la chimie, historiquement investisseurs en France, ont également contribué à ce résultat, tout comme le retrait des investisseurs américains et allemands. Mais l’étiolement de la politique pro-business a surtout remis en lumière les éternels défauts de la France.L’Espagne et la Pologne performentCoût du travail élevé, instabilité fiscale… Pour le moment, nous ne décrochons pas encore, et l’attentisme prévaut. « Les périodes pré-électorales sont toujours compliquées, mais cette année 2026 risque de l’être encore plus », prévient Marc Lhermitte. Seuls 11 % des dirigeants anticipent une amélioration de la situation à un an, tandis que la grande majorité renvoie tout rebond à l’horizon 2027-2028. « Tout l’enjeu sera d’être bien positionnée lorsque les investissements d’avenir reprendront, par exemple dans la mobilité électrique », décrypte l’expert.À court terme, notre position de leader n’est pourtant pas totalement menacée… car les autres sont aussi en difficulté. Certes, l’Espagne et la Pologne ont quant à eux réussi à tirer leur épingle du jeu, mais ces petits Poucets sont bien trop éloignés dans le classement pour venir challenger la France. Le Royaume-Uni et l’Allemagne sont eux aussi englués dans les difficultés. « Mais l’Allemagne qui, historiquement n’avait pas besoin d’attirer les investissements étrangers, est en train d’évoluer, et de s’inspirer de ce qui a été fait en France », souligne Marc Lhermitte. Pour le Royaume-Uni, qui conserve son leadership dans les services financiers, la marche semble aujourd’hui plus haute.