Il ne manquait plus que ça, le chômage refait parler de lui. Il avait disparu des journaux télévisés et presque entièrement de la tête des Français. À la fin de l’année dernière, selon une enquête du Cevipof, il n’était plus un sujet de préoccupation que pour 7 % d’entre eux, contre 65 % dix ans plus tôt.Le chômage n’était même plus exploité politiquement, alors qu’il était depuis plus de cinquante ans l’argument choc préféré des oppositions pour dénoncer l’incompétence des gouvernements en place. Lors du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2022, Emmanuel Macron l’avait déjà ironiquement fait remarquer à Marine Le Pen : « Je regardais votre programme, vos vingt-deux mesures, il n’y a même pas le mot “chômage” dedans […]. C’est une reconnaissance du travail bien fait pour les cinq années qui viennent de s’écouler. Je vous en remercie. »Le recul spectaculaire et inespéré du chômage, passé de 9,6 % début 2017 à 7,1 % début 2023, était « le » succès économique, incontestable, du chef de l’État. L’heureux résultat, expliquait l’Élysée, de la politique de l’offre menée en faveur des entreprises, des réformes engagées pour alléger leur charge fiscale, diminuer le coût du travail et rendre le marché de l’emploi plus flexible. Fort de cette réussite, Emmanuel Macron rêvait plus haut, estimant « à portée de main » l’objectif de plein-emploi à la fin de son second quinquennat.Le réveil est brutalAvec l’annonce d’un taux de chômage remonté à 8,1 % au premier trimestre, son plus haut niveau depuis début 2021, le réveil est brutal. Et enterre définitivement l’ambition du chef de l’État de rester dans l’Histoire comme le président étant parvenu, contrairement à tous ses prédécesseurs depuis Valéry Giscard d’Estaing, à débarrasser la France du mal économique la rongeant.Il est difficile d’y voir une simple coïncidence : le chômage a entamé sa remontée en juin 2024, après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale. Avec ce coup de tête politique « zidanien », avec les anxiogènes valses de gouvernements et psychodrames budgétaires qui en ont résulté, Emmanuel Macron a très activement contribué à saper la confiance des entrepreneurs et des consommateurs, à saborder l’unique succès économique dont il pouvait se prévaloir.La remontée du chômage en ce début d’année n’est pas une surprise au vu de la croissance zéro enregistrée au premier trimestre – qui pourtant n’intégrait encore que très partiellement l’impact de la guerre en Iran. Le PIB français était à l’arrêt avant même que le détroit d’Ormuz ne soit bloqué.Le conflit au Moyen-Orient menace la croissance françaiseLes premiers indicateurs d’avril révèlent l’ampleur des dommages économiques collatéraux causés par le conflit au Moyen-Orient. Le climat des affaires est tombé à 94 points, son plus bas niveau depuis près de deux ans, tandis que la confiance des ménages a chuté de 5 points, sa plus forte baisse depuis mars 2022 et le début de la guerre en Ukraine. Et sur les dix premiers jours de mai, la consommation de carburant aurait chuté de 30 %. Une bonne nouvelle pour la planète mais une très mauvaise pour les commerçants, les restaurateurs, les propriétaires de camping. Une très mauvaise nouvelle pour la consommation des ménages en général, qui représente à elle seule 55 % du PIB, compromettant d’ores et déjà l’objectif gouvernemental pourtant modeste d’une croissance de 0,9 % cette année et celui encore plus modeste d’un déficit budgétaire ramené à 5 %.C’est dans ce climat délétère de stagflation, de prix et de chômage grimpant simultanément, sur fond de finances publiques en pleine déconfiture, que va débuter la campagne présidentielle. On attend avec impatience les remèdes miracles que ne manqueront pas de proposer les candidats. Emmanuel Macron aura du moins cette chance de ne pas participer au concours de démagogie qui se profile, la chance surtout de ne pas avoir à défendre son bilan économique indéfendable.
Chômage : Macron et le retour du réel
ÉDITO. La hausse du chômage enterre le récit du plein-emploi macroniste et expose une économie française fragilisée par les crises et l’instabilité politique.











