La relèveLa très charismatique cheffe de file des conservateurs a la lourde tâche de remonter son parti.Publié le 20/05/2026 à 18h30Kemi Badenoch lance un appel à l’unité le dernier jour du congrès du Parti conservateur le 8 octobre 2025, à Manchester. GARY ROBERTS/ZUMA-REALes leaders du Parti conservateur britannique se suivent et ne se ressemblent pas. Boris Johnson, l’un des derniers en date (2019-2022), évoquait un aristo excentrique et ébouriffé. Rishi Sunak, son successeur (2022-2024), avait des allures de financier dégingandé. Kemi Badenoch, à la tête des Torys depuis 2024, ferait davantage songer à une institutrice sûre de son autorité – voix ferme et regard franc. Après des débuts hésitants, la jeune femme (46 ans) s’est affirmée. Ses interventions à la Chambre des communes ont mis en difficulté le Premier ministre travailliste, Keir Starmer, contesté au sein de son parti et empêtré dans le scandale Mandelson, un proche du délinquant sexuel Jeffrey Epstein qu’il avait nommé ambassadeur à Washington. Au point de susciter l’admiration de… la rappeuse Nicki Minaj, qui l’a comparée à la « Dame de fer », Margaret Thatcher, une de ses sources d’inspiration.« Antiwoke »Cette conservatrice à poigne semble, a priori, en phase avec un pays entré depuis le vote du Brexit, en 2016, dans l’ère de l’« insécurité provinciale », selon la formule de l’essayiste David Goodhart. Issue d’une famille nigériane – père médecin généraliste, mère professeure de physiologie –, venue en Angleterre à l’adolescence pour y faire ses études, Kemi Badenoch est une « antiwoke » farouche. « En tant que membre de première génération d’immigrés nigérians, elle voit la Grande-Bretagne de l’extérieur. C’est une conservatrice qui comprend l’importance de l’héritage national et adopte une vue équilibrée de notre histoire coloniale », soutient Niggel Beggar, prêtre anglican et théologien qu’elle a fait nommer à la Chambre des lords en 2025. Kemi Badenoch approuve le Brexit et s’oppose au « multiculturalisme » longtemps tenu pour sacro-saint outre-Manche. Elle dénonce crûment l’antisémitisme qui gangrène le royaume – « une urgence nationale », selon ses propres mots. Tenante des « valeurs occidentales », elle reproche à Keir Starmer de refuser à Donald Trump l’accès aux bases militaires britanniques dans le cadre de la guerre en Iran.Déconnectée ?En dépit de sa poigne, Kemi Badenoch n’a pas réussi à enrayer le déclin des Tories, lestés par le bilan calamiteux de leurs quatorze dernières années au pouvoir (2010-2024). Lors des élections locales du 7 mai, son parti s’est encore enfoncé, perdant plus de 150 sièges, aux dépens de Reform UK, la formation nationaliste menée par Nigel Farage. Et malgré ses prestations remarquées à la Chambre des communes, où elle mouche les travaillistes, elle est une simple spectatrice de la course à la succession de Keir Starmer qui déchire le Labour.Kemi Badenoch a-t-elle hérité d’une mission impossible ? Ou lui manque-t-il l’étoffe nécessaire pour permettre aux Torys de retrouver le 10 Downing Street ? Le journaliste à l’hebdomadaire britannique The Spectator William Atkinson, qui vient de lui consacrer une chronique très critique, écorne son « conservatisme suranné, un libéralisme musclé complètement déconnecté des défis du pays, comme l’immigration ». « Contrairement à Nigel Farage, elle refuse d’admettre que la Grande-Bretagne est brisée, cingle-t-il. Sociologiquement, elle s’adresse à une petite part du pays : les riches personnes âgées, les Londoniens, les habitants du Sud-Est. » Reste que les prochaines élections législatives ne devraient pas avoir lieu avant 2029. En attendant ce scrutin qui décidera sans doute de sa place dans l’Histoire, la coriace Kemi Badenoch n’a pas fini de faire parler d’elle.
Les défis de Kemi Badenoch
La très charismatique cheffe de file des conservateurs a la lourde tâche de remonter son parti.






