Place forteDeepMind, Wise, Wayve, Revolut… avec 58 licornes, le secteur anglais des nouvelles technologies est toujours en avance sur le reste de l’EuropeRédacteur en chef Sciences et TechPublié le 20/05/2026 à 18h30Les puces de la société britannique Arm équipent aujourd’hui 99 % des smartphones de la planète. DRCela ne faisait pas de doute : la fin de la libre circulation des talents allait asphyxier l’écosystème technologique britannique. Londres perdrait ses cerveaux au profit de Berlin, Paris ou Amsterdam.Une décennie plus tard, les chiffres font mentir ce scénario catastrophe. Le Royaume-Uni compte 58 licornes – ces start-up non cotées et valorisées à plus de 1 milliard de dollars – contre 34 pour l’Allemagne et 32 pour la France, selon le classement CB Insights de mars 2026. FleuronsParmi les jeunes pousses britanniques devenues emblématiques, on peut citer la néobanque aux ambitions mondiales Revolut, le leader des transferts d’argent internationaux Wise, mais aussi Wayve, qui développe des technologies de conduite autonome, ou encore le studio de jeux Tripledot.Le montant investi en capital-risque au Royaume-Uni dépasse régulièrement, à lui seul, celui de ses deux voisins réunis. « Tous les grands fonds de capital-risque américains ou européens sont restés », constate Julien Codorniou, associé chez 20VC, une société d’investissement basée à Londres. Certains, comme Sequoia, Lightspeed ou Iconiq, sont même arrivés après le Brexit.Atouts secretsLa plupart de ces investisseurs sont rassurés par le statut d’État de droit du pays, c’est-à-dire un cadre juridique stable, prévisible et contraignant pour tous, y compris pour l’État lui-même. Ce rule of law offre aux entrepreneurs une visibilité réglementaire que beaucoup d’autres pays européens peinent à garantir.Autre secret de cette résilience : l’excellence académique d’universités comme Oxford, l’Imperial College ou Cambridge. C’est d’ailleurs à Cambridge qu’est née Arm, une société dont les architectures de puces équipent aujourd’hui 99 % des smartphones de la planète. Bien qu’introduite au Nasdaq en 2023, l’entreprise a choisi de préserver l’essentiel de sa recherche et développement au Royaume-Uni.Autre poids lourd de la scène tech britannique : DeepMind, créée en 2010 à Londres et rachetée par Google quatre ans plus tard. L’entreprise a conservé son siège à Londres et emploie près de 3 000 salariés sur place, dans le quartier de King’s Cross. Elle essaime ainsi dans tout l’écosystème. Un ancien de la maison, David Silver, est à l’origine d’Ineffable Intelligence, qui vient de lever l’équivalent de 1,1 milliard de dollars pour construire une IA capable d’apprendre par l’expérience.ParadoxeCertes, le statut de « non-dom », abréviation de « non domicilié », qui permettait à certains résidents du Royaume-Uni de ne pas être imposés sur une partie de leurs revenus et gains réalisés à l’étranger, a bien été supprimé en 2025. Cette évolution a renforcé l’attrait d’autres « hubs européens », à l’instar de Milan, qui séduit de plus en plus de profils hautement qualifiés. Pourtant, alors que la France et l’Allemagne se concentrent depuis peu sur la souveraineté industrielle, Londres continue de parier sur la propriété intellectuelle, le logiciel et la recherche fondamentale. Un choix assumé, cohérent avec ses atouts, mais qui creuse certaines dépendances. Comme le formule Julien Codorniou : « Les Anglais créent des infrastructures exploitées par des étrangers, dans le foot comme dans la tech ou la finance. Et ça ne pose aucun problème – au final, cela stimule leur économie. »C’est peut-être là le paradoxe britannique : une domination technologique réelle, nourrie en grande partie par des talents et des capitaux étrangers, dans un pays qui vient de passer une décennie à essayer d’ériger des frontières.