La tête de liste écolo aux municipales à Saint-Ouen, Sabrina Decanton, avait été dénigrée pour son homosexualité par certains colistiers. Elle regrette la faiblesse des sanctions.L’affaire avait fait exploser les Écologistes de Saint-Ouen juste avant les municipales. Elle a soigneusement été traitée en interne après les élections. Six mois d’enquête, une douzaine de témoins entendus, un dossier long comme le bras… et finalement, six Écologistes du groupe local sanctionnés par le parti le 6 mai pour des propos homophobes envers la tête de liste locale, Sabrina Decanton.Comme le confirme le bureau exécutif du parti, contacté par Le Point, trois militants ont été suspendus six mois pour des « propos remettant en cause l’aptitude de Sabrina Decanton à être tête de liste aux municipales en raison de son orientation sexuelle ». Selon la décision que Le Point a pu consulter, trois autres ont reçu un avertissement pour « ne pas avoir défendu » Sabrina Decanton face à ces propos. Enfin, et c’est la sanction la plus sévère, deux militants (dont le co-secrétaire du groupe local) ont été interdits de gérer un mandat interne pendant un an pour « avoir fait pression sur Sabrina Decanton pour la signature d’une charte de gouvernance contraire à l’éthique » des Verts.Remarques homophobesDès le 7 novembre dernier, Sabrina Decanton avait signalé à son parti les remarques « homophobes » répandues par certains de ses camarades. Jugeaient-ils son orientation sexuelle incompatible avec la pêche aux voix dans les quartiers populaires de Saint-Ouen ? Dans une interview à Têtu en novembre, Sabrina Decanton dénonçait des « militants qui pensent que les quartiers pauvres et les musulmans sont nécessairement homophobes. »Outre les remarques homophobes, Sabrina Decanton avait reçu pendant la campagne une proposition ubuesque d’un petit cartel de militants. Certains lui demandaient avec insistance de signer une charte qui l’obligeait, en cas d’élection, à quémander leur permission sur toute décision majeure. En bref, réduire à néant son pouvoir de maire. Le Point avait pu consulter ce document. La militante qui avait rédigé cette « charte de mandature secrète » et l’avait envoyée à Sabrina Decanton n’a pas été sanctionnée. Contactée, elle n’a pas donné suite.Déroute électoraleFin 2025, une énième visio Zoom ponctuée de propos dénigrants pousse Sabrina Decanton à claquer la porte. Les Verts se retrouvent sans tête de liste juste avant les élections. Certains partent chez La France insoumise, quand les « putschistes » tentent de lancer leur propre liste avec Sidonie Baignières en tête. La liste appose le logo des Écologistes sur son affiche alors qu’elle n’en a pas le droit, et se fait tirer les oreilles par le bureau exécutif.Sur cette liste figure un militant pourtant suspendu par le parti pour une affaire de harcèlement… Ce micmac aboutit au faible score de 8,38 % pour le parti au tournesol à Saint-Ouen, loin du chiffre espéré dans une ville où ils ont l’habitude de performer. LFI a fait cavalier seul sans ces élus Verts, devenus gênants. Ce qui a ouvert un boulevard à la réélection du socialiste Karim Bouamrane.« Malgré les alertes dès le mois de novembre, le parti a laissé se présenter les personnes mises en cause et ne les a pas suspendues à titre conservatoire, regrette une source interne. On peut y lire deux choses : la volonté permanente, chez les Écologistes, de chercher le compromis à tout prix, et celle de ne pas trop attaquer des personnes qui ont sûrement acquis un poids électoral local. »Dans un communiqué, Sabrina Decanton dénonce des sanctions « très en deçà » de leur gravité, « en particulier dans un parti qui s’est toujours voulu à l’avant-garde de la lutte contre les discriminations ». « Je m’étais engagée chez les Verts car c’est l’un des partis pionniers sur la défense des LGBT, mais ce sujet semble être traité à la légère », ajoute auprès du Point Sabrina Decanton, qui cite en exemple le mariage entre deux hommes, à Bègles, célébré en 2004 par Noël Mamère. Vingt-deux ans plus tard, aucun militant n’ayant proféré des propos homophobes n’a été exclu définitivement du parti.