Les organisations caritatives canadiennes réfléchissent à la manière de réagir face aux politiques américaines qui interdisent l’octroi d’aide américaine à pratiquement tous les groupes des pays en développement qui proposent des services d’avortement, des informations scientifiques sur la santé sexuelle ou qui défendent les droits des personnes LGBTQ +.Face à ce recul, ces organisations appellent le premier ministre Mark Carney à former une coalition de pays partageant les mêmes valeurs afin de défendre les programmes de santé sexuelle.« Les gens risquent davantage de mourir parce qu’ils ne bénéficient pas de ce type d’aide », a déclaré Erin Kiley, directrice des programmes internationaux chez Oxfam Canada.Depuis 1985, les administrations républicaines ont mis en œuvre ce qu’elles appellent la « politique de Mexico », qui bloque le financement américain des groupes proposant des conseils ou des orientations en matière d’avortement.Les administrations démocrates ont à plusieurs reprises abrogé cette politique, pour voir ensuite les administrations républicaines la rétablir. Certains l’appellent la « règle du bâillon mondial », car elle limite le plaidoyer en faveur de la dépénalisation ou de l’élargissement des services d’avortement. Certaines études suggèrent que cette politique entraîne une augmentation des grossesses non désirées et des avortements pratiqués dans des conditions dangereuses dans divers pays.En 2010, le gouvernement conservateur de Stephen Harper a adopté une approche similaire en augmentant le financement de la santé maternelle tout en empêchant que ces fonds ne soient utilisés pour des services d’avortement.Les organisations humanitaires ont trouvé des moyens de contourner ces politiques américaines et canadiennes. Elles ont utilisé des fonds provenant d’autres pays pour financer des services d’avortement ou puisé dans leurs propres budgets pour construire des centres de santé sexuelle adjacents aux cliniques générales.Toutefois, le président américain Donald Trump a considérablement élargi cette politique en février en interdisant à davantage de types de financement américain d’aller à des groupes recevant des fonds d’autres sources pour des services d’avortement. Sa politique prive également de fonds les groupes défendant les questions LGBTQ + ou les soins médicaux d’affirmation de genre.Ces changements sont intervenus après des coupes drastiques dans l’aide étrangère des États-Unis et alors que le gouvernement Trump signait des accords avec des gouvernements socialement conservateurs à l’étranger pour financer des systèmes de santé dans les pays en partenariat avec des groupes religieux opposés à l’avortement et aux droits des homosexuels.FragmentationsMme Kiley a indiqué que les partenaires d’Oxfam dans des régions comme l’Afrique australe sont confrontés à des choix difficiles. Certains continuent de défendre les droits liés au genre, a-t-elle expliqué, tandis que d’autres groupes évitent ces sujets — y compris certains qui ne reçoivent pas d’aide américaine mais pourraient un jour en faire la demande.« Les coalitions qui œuvrent dans ce domaine sont en train de se fragmenter quelque peu, car certaines tentent de s’aligner sur la politique du gouvernement américain tandis que d’autres s’efforcent de s’exprimer ouvertement », a déclaré Mme Kiley. « Au Zimbabwe en particulier, ils ont évoqué un effet dissuasif sur les droits et le plaidoyer. »Mme Kiley a soutenu que son organisation ne recevait pratiquement aucun financement américain, ce qui donne à Oxfam plus de liberté pour s’exprimer que certaines de ses homologues. D’autres organisations caritatives ont refusé d’être interviewées pour cet article, invoquant le risque de représailles américaines.