Avec sa loi sur la sécurité nationale, Pékin muselle toute forme d’opposition sur l’ancienne colonie britannique. Pour son documentaire “Hong Kong ne répond plus”, Antoine Védeilhé a pu récolter de rares récits éclairants. À voir dimanche 17 mai sur France 5. Hong Kong, 18 novembre 2019. Des manifestants protestant contre les restrictions de liberté se protégent des lacrymogènes avec des parapluies. Dale De La Rey/Afp Par Cécile Marchand Ménard Publié le 17 mai 2026 à 13h00 «Toutes les personnes qui témoignent dans ce documentaire risquent la prison à vie », annonce d’emblée le journaliste Antoine Védeilhé, basé en Inde depuis dix ans. Auteur de plusieurs films tournés à Hong Kong (Hong Kong : l’agonie d’une démocratie, en 2024…), il pensait y retourner, en novembre 2025, pour documenter les conséquences de la loi sur la sécurité nationale adoptée en 2020, utilisée par Pékin pour museler toute forme d’opposition au sein de l’ex-colonie britannique. Interpellé dès sa descente de l’avion, le documentariste est renvoyé vers la France. « Je suis désormais considéré comme agent de l’étranger », raconte-t-il. C’est donc grâce à une vingtaine de Hongkongais qu’Antoine Védeilhé et ses collaborateurs sur place parviennent, dans Hong Kong ne répond plus, diffusé sur France 5, à raconter la reprise en main autoritaire par Pékin d’un territoire autrefois considéré comme un îlot libéral. Malgré les risques encourus, une journaliste, un artiste, une libraire, des dissidents… acceptent de témoigner. Antoine Védeilhé évoque trois de ces précieux témoins, qui lui permettent de signer un documentaire rare. Kong Yiu-Wing, artiste à Hong Kong « Après l’adoption de la loi sur la sécurité nationale, le groupe de média public RTHK a effacé ses contenus d’avant 2020. Une mémoire qui comprend les images des manifestations de 2012, 2014 et 2019… À ce moment, des internautes avaient entrepris de sauvegarder ces données à la hâte. Je ne les ai pas retrouvés, mais j’ai entendu parler de Kong Yiu-Wing. Cet artiste archive lui aussi la mémoire de Hong Kong — des exemplaires de journaux désormais censurés, un casque de protection utilisé lors des manifestations étudiantes… Aujourd’hui, le simple fait d’écouter l’hymne des manifestants en public est passible de sept ans de prison. Donc il marche sur des œufs. Dans l’interview — filmée par Ulysse Cailloux qui, lui, a pu se rendre sur place —, on le sent inquiet, il ne répond pas à toutes les questions. Comme tous les témoins de ce documentaire, il évite soigneusement de critiquer frontalement la politique de Pékin. » À lire aussi : “À Hong Kong, la projection d’un film interdit sera bientôt passible de trois ans de prison” Carmen Lau, activiste en exil à Londres « Née deux ans avant la rétrocession de Hong Kong, ancienne colonie britannique, à la Chine, Carmen Lau a grandi dans une ville avec un système éducatif qui tolérait encore la libre-pensée. Elle a connu la liberté d’expression, de la presse, de manifester. Carmen Lau milite pour ces libertés que les Hongkongais nés après la loi de 2020 risquent de ne jamais connaître. Elle fait partie des dissidents les plus médiatisés, avec Joshua Wong, Nathan Law ou Agnes Chow. Même si elle est déjà sous mandat d’arrêt et régulièrement suivie par des agents de Hong Kong, participer à ce documentaire peut l’exposer davantage encore. La preuve : depuis nos entretiens, elle reçoit de nouvelles lettres de menace. » Un professeur anonyme « Cet enseignant a refusé de donner des cours d’éducation patriotique, de participer à réécrire l’histoire de Hong Kong. Alors, comme douze mille de ses confrères et consœurs, il a démissionné. Nous avons eu du mal à le convaincre de parler. C’est le seul témoin dont le visage et la voix sont masqués. Un professeur, une figure du savoir, dont le métier est d’énoncer des faits, a peur d’être poursuivi : c’est alarmant ! Le meilleur moyen de s’en prendre à une démocratie est de s’attaquer à ces figures, aux libraires, aux journalistes. Pour lui comme pour les autres protagonistes du film, témoigner est devenu un acte militant, car il y a urgence à raconter ce qu’il se passe à Hong Kong. » Lire la critique “Le Monde en face : Hong Kong ne répond plus”, un doc précieux qui donne la parole aux citoyens et aux militants prodémocratie Télévision Démocratie France 5 Chine France.tv Hong Kong Documentaire Le magazine en format numérique Lire le magazine Les plus lus
“Il y a urgence à raconter ce qu’il se passe à Hong Kong” : malgré les risques, des habitants témoignent de la dérive autoritaire chinoise
Avec sa loi sur la sécurité nationale, Pékin muselle toute forme d’opposition sur l’ancienne colonie britannique. Pour son documentaire “Hong Kong ne répond plus”, Antoine Védeilhé a pu récolter de rares récits éclairants. À voir dimanche 17 mai sur France 5.







