Chef militaire redouté, proche de Yahya Sinwar et maître de l’ombre à Gaza, Ezzedine Al-Haddad échappait depuis plus de quinze ans aux opérations israéliennes.Israël le traquait depuis près de vingt ans. Son armée a frappé un grand coup en annonçant, samedi 16 mai, avoir tué vendredi dans la bande de Gaza, le chef de la branche armée du mouvement terroriste palestinien Hamas, Ezzedine Al-Haddad, un « terroriste de premier plan » et « l’un des principaux architectes du massacre du 7 octobre » 2023. Le ministère de la défense israélien avait déjà affirmé avoir ciblé ce responsable du Hamas, mais disait attendre une confirmation de sa mort. « Peu de temps après avoir reçu des renseignements concernant la localisation d’[Ezzedine Al-]Haddad […], les avions de l’armée de l’air israélienne ont décollé » pour conduire l’opération, avait détaillé un responsable militaire dans un communiqué. Depuis juin 2025, Ezzedine Al-Haddad, commandant chevronné et criminel le plus recherché d’Israël, dirigeait la branche militaire du groupe à Gaza.Cet homme de 55 ans avait pris la tête de cette branche après la mort, en mai 2025, de Mohammed Sinwar. Surnommé à Gaza le « fantôme d’al-Qassam » (le nom de la branche armée du Hamas), il était considéré comme l’un des membres les plus importants de cette organisation, qu’il avait rejoint en 1987, à 17 ans, selon le média arabe Al-Estiklal. Au départ simple soldat, il a rapidement gravi les échelons des brigades al-Qassam avant de devenir commandant de section, commandant de bataillon, pour finalement diriger la brigade à la suite de l’assassinat de son commandant, Bassem Issa, en mai 2022. Quelques jours après avoir pris le commandement, il était apparu dans une déclaration enregistrée, avertissant qu’Israël serait « choqué par la précision, l’intensité et l’impact des roquettes d’Al-Qassam lors de toute bataille future ». Il était également membre du conseil militaire du Hamas, le plus haut groupe de commandants qui a joué un rôle clé dans les attaques ayant déclenché la guerre.Depuis 2008, Ezzedine Al-Haddad avait échappé à pas moins de six tentatives d’assassinat par l’armée israélienne. Des tentatives qui s’étaient d’autant plus intensifiées depuis l’attentat terroriste du 7 octobre 2023, dont il avait été une des têtes pensantes. Durant cette attaque, six bataillons étaient sous son commandement. C’est lui, selon une enquête de la chaîne qatarie Al-Jazira, qui avait été chargé de coordonner la première infiltration en territoire israélien. La veille, il avait réuni les commandants pour leur présenter un document définissant trois objectifs principaux : des enlèvements de masse, la diffusion en direct des images et la destruction de localités israéliennes. Ezzedine Al-Haddad a notamment supervisé la prise de contrôle de la base militaire de Nahal Oz, où plus de soixante soldats israéliens et quinze civils ont été tués. Il avait également travaillé en étroite collaboration avec Yahya Sinwar, le cerveau des attentats du 7 octobre, pour traquer les Palestiniens ayant collaboré avec Israël.Un chef discretEzzedine Al-Haddad était connu pour être extrêmement prudent dans sa communication, limitant ses apparitions publiques ou médiatiques au strict minimum. En mai 2022, il était apparu dans une vidéo menaçant Israël, et en janvier 2025, il avait accordé une interview à Al-Jazira, évoquant son rôle dans la planification de l’attentat du 7 octobre. « Les dirigeants de l’occupation, soutenus par l’Amérique et l’Occident, devront se soumettre à nos justes revendications », y déclarait-il, le visage dissimulé par une ombre. Ces revendications comprenaient le retrait des troupes de Gaza, la cessation des hostilités, la libération des prisonniers palestiniens, la reconstruction de Gaza et la levée des restrictions sur la circulation des marchandises.Localisé à Gaza, il changeait constamment de lieu et ne faisait confiance qu’à très peu de personnes. Après la mort de Mohammed Sinwar, c’est lui qui avait le dernier mot sur le cessez-le-feu, côté Hamas. « Il est l’un des derniers, voire le seul, dirigeant encore en activité à Gaza, ce qui signifie qu’il subit une pression immense. En l’absence d’accord, il ne souhaite pas entrer dans l’histoire comme le dernier dirigeant de Gaza alors que le territoire est démantelé sous contrôle israélien. Par ailleurs, il doit prouver qu’il est un leader », avait alors déclaré une source sécuritaire régionale au Times. Le ministère israélien de la Défense l’accusait de maintenir des otages dans des conditions de captivité brutales et de refuser de mettre en œuvre l’accord proposé par le président américain Donald Trump visant au désarmement du Hamas et à la démilitarisation de la bande de Gaza.Selon Israël, Ezzedine Al-Haddad était « le plus haut responsable militaire de l’organisation terroriste Hamas et le dernier dirigeant de haut rang du Hamas encore présent à Gaza ». Son successeur n’est, pour l’heure, pas connu. Israël a revendiqué la mort de plusieurs hauts dirigeants du Hamas, dont Yahya Sinwar, le chef du Hamas à Gaza, tué le 16 octobre 2024 et considéré comme le cerveau des attaques du 7-octobre et Mohammed Deif, commandant en chef des Brigades Al-Qassam. Comme le rappelle le Jérusalem Strategic Tribune, « l’élimination par Israël des dirigeants [du Hamas] a créé un vide que les instances dirigeantes extérieures s’empressent de combler ». La mort de ce haut gradé pourrait donc jouer un rôle clé, alors que le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas reste fragile, des questions clés telles que le désarmement du Hamas bloquant les progrès de l’accord.