En juillet 2024, le travailliste Keir Starmer arrivait à Downing Street en promettant de rétablir la stabilité après une valse de premiers ministres conservateurs mais, depuis des mois, les appels à sa démission se multiplient, signe de nouvelles sérieuses turbulences dans la politique britannique.Qu’est devenue la célèbre devise britannique de la Seconde Guerre mondiale « Keep calm and carry on » (« On garde son calme et on continue ») ?Depuis dix ans et le référendum sur le Brexit se sont succédé six chefs de gouvernement au Royaume-Uni. Et après des élections désastreuses pour le Labour jeudi dernier, Keir Starmer est plus en danger que jamais.En comparaison, entre 1979 et 2016, soit une période de 37 ans, les Britanniques ont connu cinq premiers ministres, parmi lesquels la conservatrice Margaret Thatcher pendant 11 ans et le travailliste Tony Blair pendant 10 ans.Keir Starmer « ne va pas rester. La seule question, c’est quand il va partir et de quelle manière », résume Anthony Seldon, historien, auteur de livres sur les quatre derniers premiers ministres.Plus de 80 députés travaillistes sur un total de 403 l’ont appelé à démissionner mardi. Quatre secrétaires d’État ont quitté leur poste par défiance envers le premier ministre.Le parti est divisé autour de l’avenir du dirigeant.Des alliés de Keir Starmer sont montés au créneau. « Une instabilité accrue n’est pas dans l’intérêt de la Grande-Bretagne », a déclaré le ministre de la Défense, John Healey, appelant à « concentrer les efforts sur les défis économiques et sécuritaires ».« Ce n’est pas un jeu. Cette instabilité a des répercussions sur la vie des gens », a lancé le ministre du Logement, Steve Reed.« Irascibles »Pour expliquer cette instabilité, Anthony Seldon accuse les députés d’être devenus « intolérants », « irascibles ». « Ils veulent des résultats immédiats. […] Ils scrutent en permanence les sondages », dit-il.Le commentateur politique Matthew Syed, pourtant « loin d’être un fan de Keir Starmer », est allé encore plus loin, interrogé sur la BBC. Le Royaume-Uni devient « ingouvernable », a-t-il dénoncé.« Comment pouvez-vous prendre une mesure impopulaire en sachant que, dans les 24 heures qui suivent, il y aura d’intenses spéculations sur votre leadership ? », a-t-il questionné.Tony Travers, expert politique à la London School of Economics, explique l’instabilité politique par la situation économique du Royaume-Uni et « la disparition de la croissance ».« Une croissance économique de 2,5 % par an permet aux gouvernements de réduire les impôts et d’augmenter les dépenses publiques au fil du temps. Avec une croissance comprise entre 0 et 1 % par an, cela n’est pas possible », affirme-t-il.Keir Starmer avait promis de relancer l’économie, mais la croissance est restée atone.Mais cela remonte à bien avant l’arrivée du dirigeant travailliste au pouvoir, selon Tony Travers, qui évoque la crise bancaire de 2008, le Brexit, la pandémie.