"Je ne veux pas d’une grande entreprise avec beaucoup d’employés. Ça me rendrait malheureux.""Pour un designer, c’est un compliment: voir autant de gens qui ont envie de vivre au quotidien avec tes pièces. Je suis fier quand quelqu’un me dit: je possède un de vos objets chez moi", confie-t-il. "Je conçois des pièces abordables et des pièces de collection plus chères. Je ne veux pas faire uniquement des objets élitistes ou hors de prix. Je suis d’abord designer, pas artiste."Dans l’atelier de Saint-André, à Marseille, le designer Axel Chay expérimente le métal, un savoir-faire présent dans la famille depuis six générations.© Clement VayssieresDe père en filsQu’Axel Chay ait commencé par du "mobilier en tubes" métalliques n’a, au fond, rien d’étonnant quand on sait qu’il vient d’une famille du Sud de la France qui travaille le métal depuis six générations. "Mon frère et moi avons travaillé un temps dans l’entreprise de notre père. Au service commercial et sur les chantiers. Honnêtement? Je n’aimais pas cette vie: tu fais des journées de 7 à 20 heures et tu passes ton temps à régler des merdes", lâche-t-il."À un moment, mon père employait cinquante personnes. La taille de l’entreprise est devenue ingérable pour lui: il a dû réduire et sous-traiter la production. Il est décédé entre-temps, malheureusement. Mon frère et moi n’avons pas repris l’entreprise."Lire aussiLe bar à vin et restaurant "Dévo", à Marseille, a été conçu par Axel Chay. Son intérieur marie avec élégance des parois en okoumé teinté, des murs en pierre naturelle brute et des rideaux satinés dans une tonalité de vert citron, résolument fraîche.© Mathilde HileyC’est pourtant dans l’atelier paternel que, dès 2019, les deux frères se mettent à assembler des pièces métalliques standard pour en faire des objets. Sans business plan. À l’instinct. Les premiers objets attirent l’attention, notamment de la galerie de design Watteeu à Bruxelles. La machine est lancée. Monoprix jouera ensuite le rôle de catalyseur."Sur le plan business, mon frère et moi avons appris énormément de notre père. Et aussi de ses erreurs. Je le sais aujourd’hui avec certitude: je ne veux pas d’une grande entreprise avec beaucoup d’employés. Ça me rendrait malheureux. Aujourd’hui, nous sommes quatre dans la structure. Ce petit format nous permet d’en vivre confortablement. Cette liberté, cette indépendance, compte énormément pour moi. On sort ce qu’on veut, et à notre rythme.""Je ne suis pas bêtement les tendances de mode ou les couleurs en vogue. Je veux imaginer le vintage du futur."Axel Chay alterne ainsi production en série et éditions limitées. Il vend énormément de pièces à travers sa boutique en ligne, sur son site, sans intermédiaires ni agents donc. "Les lampes-coquillages en plâtre à 350 euros, par exemple, partent très bien en ligne. Les pièces au-delà de 8.000 euros, comme mon canapé "Calade", se vendent peu par ce canal", reconnaît-il.Autre détail frappant: hormis une collaboration avec le label français Petite Friture, il n’a encore jamais travaillé avec de grandes marques de design. Vu son talent et ses créations qui font un tabac, les marques finiront -tôt ou tard- par venir frapper à sa porte. Quiconque l’a vu cette année au salon Matter & Shape à Paris le sait: il est prêt pour la suite. Et elle promet d’être intéressante.Lire aussiLe canapé et l’ottomane "Voyage", réalisés en bois de zebrano et laine d’alpaga.Le vintage du futurAxel Chay nous emmène au rez-de-chaussée, dans l’atelier. Partout, des commandes dans des boîtes en carton, prêtes à être expédiées. Au fond, un espace de travail en désordre: là, les frères expérimentent avec des tubes métalliques, de l’aluminium coulé, de la pierre naturelle. "Fin mai, je présente une collection de pièces organiques en aluminium coulé dans une galerie à Saint-Tropez."Ces objets affichent une qualité bien plus artisanale, loin de l’allure industrielle que pourrait avoir du mobilier tubulaire. Côté sex-appeal, rien ne manque, surtout quand des minéraux s’y invitent. Et puis il y a "Fissure": une applique murale en acier inoxydable au design très suggestif, avec de l’agate incrustée.Le tabouret "Voyage" associe des pieds brillants en acier inoxydable à un revêtement en velours mohair.Tout concourt à lui permettre de s’imposer durablement comme l’une des voix du design français: du talent, du charme, un langage visuel immédiatement reconnaissable. Son travail entre aussi en résonance avec le design d’après-guerre, dans la veine d’Ettore Sottsass ou de Joe Colombo, et flirte avec l’art déco et le Bauhaus, notamment avec ses structures tubulaires.À le voir faire, on devine qu’il connaît ses classiques. "Je collectionne du vintage, donc je sais ce qui a été fait et pensé au fil de l’histoire. J’essaie d’y trouver ma place", explique-t-il. "Je suis pourtant autodidacte, je n’ai pas fait d’école de design. Au début, je le vivais comme un handicap, parce que je faisais beaucoup d’erreurs. Aujourd’hui, c’est un avantage: grâce à ma formation en économie, j’ai une base solide. Et je conçois de façon instinctive: je ne suis pas bêtement les tendances ou les couleurs en vogue. Si mes objets sont revendus ou transmis, ils sont, par définition, plus durables que du design jetable. Je veux imaginer le vintage du futur."Lire plusDécouvrez l'intérieur minimaliste d'un penthouse new-yorkaisVal Saint-Lambert fête ses 200 ans: voici 3 pièces iconiques racontées par leurs propriétairesImmersion au Palazzo Pisani Moretta de Venise, où Dries Van Noten lance sa fondation