Anutin Charnvirakul, nouveau premier ministre thaïlandais, au Parlement, à Bangkok, le 5 septembre 2025. CHALINEE THIRASUPA / REUTERS

Elle se sent trahie : « En tant qu’électrice du Parti du peuple, je suis profondément déçue », lâche Suwimol Namkanisorn. La jeune femme déplore l’arrivée au pouvoir du conservateur Anutin Charnvirakul, qui n’a pu être désigné premier ministre, le 5 septembre, par le Parlement thaïlandais que grâce au ralliement décisif des 143 députés du Parti du peuple, incarnation, pourtant, de l’aile progressiste, premier parti de l’Assemblée et principale force d’opposition depuis les législatives de mai 2023.

La destitution de Paetongtarn Shinawatra, le 29 août, par la Cour constitutionnelle, a placé le Parti du peuple face à un dilemme majeur. Incapable, pour des raisons constitutionnelles, de présenter un candidat issu de ses rangs, le Parti progressiste devait trancher : accepter la main tendue du Pheu Thai, le parti du clan Shinawatra qui l’avait abandonné deux ans plus tôt, ou celle du Bhumjaithai (« parti de la fierté thaïe »), dont la ligne conservatrice et royaliste s’oppose totalement à la sienne.

Après plusieurs jours d’hésitation, il a finalement choisi de soutenir le second, conduit par Anutin. Mais sous certaines conditions : dissoudre l’Assemblée d’ici à quatre mois pour convoquer de nouvelles élections et organiser un référendum sur une nouvelle Constitution afin de remplacer celle de 2017, rédigée par la junte issue du putsch de 2014 – une charte que les progressistes considèrent comme antidémocratique, conçue pour asseoir le pouvoir de l’establishment militaro-royaliste.