Dans le quartier de la Gauthière, à Clermont-Ferrand, le 29 août 2025. MATHIEU FARCY/SIGNATURES POUR « LE MONDE »

« Mais c’est pas la même chose le shit et la beuh ? » Jalil (les prénoms ont été changés) a 13 ans, et ne semble pas faire la différence entre les deux principaux produits qu’écoule le point de « deal » pour lequel il fait actuellement le chouf (guetteur), en cette dernière semaine du mois d’août. Ayoub, lui, préférerait être ailleurs qu’ici, au « four », encore marqué par sa rencontre avec une machette. Un coup sur le crâne, un sur le bras. Une balafre d’une dizaine de centimètres, en forme de virgule autour de son coude, raconte la violence de cette descente « pour effrayer », menée par des concurrents. Pas vraiment ce qu’il espérait en traversant la Méditerranée à 16 ans. Inès, tout juste majeur, reste, lui, fidèle au poste, et ne craint pas d’y mourir, ni d’une volée de balles ni d’épuisement. Il vient d’enchaîner trois « shifts », soit trente-six heures à servir les clients et à esquiver la police, avec l’espoir de s’offrir la belle vie et « plein de chattes ». Yeux lourds, cheveux gras, vêtements fatigués, il ne voit pas quelle autre option s’offre à lui – sans papiers, visé par une obligation de quitter le territoire français, il ne peut travailler légalement.