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Dans quelques jours, pour la première fois en France, des dizaines de milliers de lycéens feront leur rentrée sans manuel scolaire. La région Ile-de-France a fait le choix de ne financer ni manuels papier ni manuels numériques des éditeurs scolaires mais une plateforme qui en désagrège les contenus en une multitude de fragments éclatés.

Le manuel est ainsi remplacé par une plateforme unique, mosaïque de fragments sans hiérarchie ni structuration. Plus de fil conducteur, plus de vision d’ensemble, plus de repères : c’est l’école sans boussole, réduite à du scroll. Ce n’est plus un chemin d’apprentissage, mais un puzzle éclaté où chaque élève est livré à lui-même. Et ce basculement n’a fait l’objet d’aucun débat public : il s’est imposé en silence, sans demander l’avis des enseignants, sans écouter les parents et sans tenir compte des élèves.

Et pourtant, il ne s’agit pas d’un simple choix technique, mais d’un choix de société. Il engage la transmission des savoirs, le lien entre l’école et les familles, et la liberté des enseignants. Nous ne sommes ni nostalgiques, ni technophobes. Mais nous affirmons que l’éradication du manuel scolaire comme repère partagé est une erreur pédagogique, sociale et démocratique.