epuis la destruction des ruines du palais des Tuileries par la IIIe République, en 1883, le Musée du Louvre bénéficie d’un dégagement unique sur l’axe historique qui va des Tuileries à l’Arc de triomphe, en passant par la place de la Concorde et les Champs-Elysées. Ce vide, longtemps perçu comme une blessure, est aujourd’hui une chance. Il offre une transition harmonieuse entre jardin, patrimoine et lumière. Il crée un appel d’air visuel et symbolique. Il invite à penser une autre manière d’entrer dans le Louvre : non par la compression des foules sous la pyramide, ni par une entrée de service latérale, mais par un accueil majestueux et fluide, dans le grand axe républicain. Car une évidence s’impose : le Louvre regarde aussi vers l’ouest. Or, cette évidence semble frappée d’amnésie.

Le 27 juin, un concours international d’architecture a été lancé pour en reconfigurer les accès. Le programme, tel qu’annoncé, prévoit la création d’une nouvelle entrée monumentale à l’est du palais, sous la colonnade de Perrault, non loin de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Or ce choix suscite de nombreuses objections, patrimoniales, symboliques, urbaines et pratiques.

Car pourquoi l’option ouest n’est-elle pas envisagée dans le cadre du concours ? Pourquoi tant de discrétion autour d’un espace pourtant si propice ? Pourquoi ce refoulement ? Devant ces questions, une hypothèse s’impose, embarrassante mais crédible : l’ouest du Louvre serait aujourd’hui verrouillé par un tabou architectural, celui d’un retour possible – voire fantasmé – du palais des Tuileries.