J
e fais partie de la génération des « Nicolas ». Celle qui n’est pas cynique, pas désengagée… mais simplement lucide au point d’en être écœurée. Celle qui paie sans illusions et cotise sans promesse, celle à qui l’on répète qu’elle devrait se sentir chanceuse de financer un modèle qu’on vide chaque année un peu plus de sa substance.
Je constate autour de moi les conséquences concrètes de l’étranglement fiscal des jeunes actifs. Je vois leur envie croissante de tout envoyer valser. Cette envie, je la comprends. Mais je sais aussi ce que c’est que de ne pas vouloir trahir ses principes, même quand l’envie de dire « je me retire du jeu » devient tentante.
Ce qu’on voit surgir depuis quelques semaines dans les médias, sur les réseaux – cette mise en scène d’une génération de trentenaires qui se disent fiers de ne plus vouloir payer, fiers de ruser avec le système et d’assumer leur propre « revanche fiscale » – ne relève pas d’un réveil politique, mais d’une confusion dramatique entre révolte et fuite.
Ce n’est pas une réappropriation lucide de sa contribution au collectif. C’est un symptôme de plus d’une époque qui ne sait plus différencier justice et confort, solidarité et calcul d’optimisation. C’est le syndrome du passager de yacht : face à l’inclinaison du bateau, il croit que la mer entière s’est liguée contre lui, et il en conclut qu’il est urgent de ne plus financer l’entretien du navire… tout en continuant à profiter de la traversée.






