S
pécialiste des génocides, je suis fréquemment interrogé sur la réalité d’un génocide à Gaza. Sollicité sur cette même question lors de son entretien sur TF1, le mardi 13 mai, Emmanuel Macron a renvoyé vers les historiens, me citant pour mes travaux sur le génocide des Arméniens et pour le rapport de la commission de recherche sur les responsabilités de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda. Pourquoi cette préséance accordée aux historiens pour une question qui mobilise d’abord le droit ?
La double identification du génocide et du crime qu’il définit est l’œuvre d’un juriste polonais, Raphael Lemkin, ancien procureur à Varsovie, dont la famille a été exterminée par les nazis, lui-même leur échappant de justesse et parvenant à se réfugier aux Etats-Unis. C’est là qu’il achève, en 1943, le livre qui définit le crime de génocide par l’étude du sort des juifs dans l’Europe occupée par les forces de l’Axe. Il se fonde aussi sur la connaissance de l’extermination des Arméniens par les Jeunes-Turcs unionistes dans l’Empire ottoman. Pour aboutir à cette qualification à la hauteur de l’entreprise génocidaire, Lemkin a travaillé comme historien. Le génocide tel que définit par la justice internationale en 1945 fait donc le lien avec l’histoire plus ancienne du génocide arménien. Il y a un apport mutuel entre historiens et juristes, souvent décisif.






