Célébration de la fin de la seconde guerre mondiale, le 8 mai 1945, à Piccadilly Circus, à Londres. KEYSTONE-FRANCE

« Douze histoires d’après-guerre » (Twelve Post-War Tales), de Graham Swift, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, Gallimard, « Du monde entier », 288 p., 23 €, numérique 17 €.

Certains auteurs veulent « écrire à grands jets de feu » – c’était la formule de Tolstoï. D’autres, au contraire, préfèrent entretenir une petite flamme et l’approcher doucement du lecteur pour lui murmurer à l’oreille. Le discret Graham Swift est passé maître dans cet art d’écrire sotto voce. En quatre décennies, ce Britannique né en 1949 s’est imposé avec des romans aussi subtils que pénétrants, parmi lesquels A tout jamais (Gallimard, 1993, Prix du meilleur livre étranger), La Dernière Tournée (Gallimard, 1997) qui lui valut le Booker Prize en 1996, ou encore Le Dimanche des mères (Gallimard, 2017), ce petit bijou devenu un best-seller international transposé à l’écran avec Colin Firth (Entre les lignes, 2021).

Mais plus encore que ses romans, ses nouvelles – qui rappellent quelquefois celles du regretté styliste William Trevor (1928-2016) – sont particulièrement représentatives de cette forme d’écriture silencieuse. Après La Leçon de natation (Gallimard, 1995) ou De l’Angleterre et des Anglais (Gallimard, 2019), on le note une nouvelle fois dans ces Douze histoires d’après-guerre. Le titre du recueil en résume le propos. Quatre-vingts ans après la fin du deuxième conflit mondial, ce dernier résonne toujours chez les personnages swiftiens. « Bien sûr on pouvait se contenter de ne rien faire, tourner le dos, oublier, vivre. C’était un choix », commente l’un d’eux. En réalité, cette idée est un leurre : qu’ils le veuillent ou non, où qu’ils vivent en Angleterre et quel que soit leur âge, tous sont restés marqués par ce séisme ou par l’une de ses conséquences.