JEAN-MICHEL TIXIER POUR M LE MAGAZINE DU MONDE

A

u milieu des acteurs promouvant leur film, des producteurs pitchant leurs projets, des égéries écoulant leurs marchandises et des pique-assiettes liquidant ce qu’il leur reste de dignité, il arrive parfois, sur les tapis rouges, qu’un invité n’ait rien à vendre ou, du moins, qu’il ne soit pas là uniquement pour cela. De fait, à Cannes ou à Venise, au Met Gala ou aux Oscars, certains profitent de l’occasion pour faire passer des messages.

Géopolitiques ou sociaux, implicites ou explicites, étonnants ou convenus, ils ont tous un point commun. De la robe vert, rouge, noir portée par Cate Blanchett à Cannes l’an dernier en référence à la Palestine, à la robe blanche barrée du message « Tax the rich » arborée par l’Américaine Alexandria Ocasio-Cortez au Met Gala en 2021, en passant par la cape Dior de Natalie Portman brodée des noms des réalisatrices snobées, selon elle, par l’Académie des Oscars en 2020, ces messages-là ne manquent jamais de faire remonter à la surface une question : est-ce vraiment le moment et le lieu ?

Cette interrogation si puérile en appelle d’autres du même ordre. Par exemple, a-t-on vraiment le droit de perturber un événement aussi crucial pour la marche du monde qu’un tapis rouge afin d’attirer l’attention sur une guerre ? Ou, tiens, peut-on vraiment mettre en péril la somptueuse procession du Met Gala pour évoquer un problème aussi futile que la taxation des ultrariches ? Enfin, cette broutille baptisée féminisme mérite-t-elle que l’on joue avec le faste ancestral des Oscars ?